Révolution numérique?
Cet article avait été initialement publié sur mon ancien blog Cinemaparadiso. Il date de 2005 et donc comporte des informations un peu datées qui seront mises à jour dans un article ultérieur.
Il n’est pas rare d’entendre qu’avec l’arrivée du DVD, des écrans plasma ou cathodiques géants et de tout l’attirail digne du parfait home cinema, les salles obscures sont en train de devenir obsolètes, qu’elles n’ont plus rien à nous apporter puisque nous avons un accès relativement facile à cette nouvelle technologie à portée de chacun. Cependant, L’avis reste mitigé parmi les professionnels: d’une part, il y a les exploitants qui crient misère et qui se révoltent face aux revendeurs de DVD qui se permettent de mettre sur le marché des films qui sont toujours en exploitation. Ceux-ci prennent pour toute cause à la prétendue “désertion des salles” ce support numérique diabolique. D’autres personnes restent sceptiques, pour la simple et bonne raison qu’elles savent qu’une salle de cinéma reste le moyen le plus grandiose de voir un film, si tant est que les salles soient de bonne qualité.
Quant à parler de « Révolution du DVD » j’oserai sourire, puisque depuis l’arrivée de la télévision et des magnétoscopes VHS, rien n’a réellement changé : le support numérique n’étant qu’une amélioration du support VHS en qualité d’image, de son, et d’approche du contenu (les bonus explicatifs, les commentaires audio qu’on ne trouve que sur les DVD bien édités) nous pouvons concevoir qu’il a, de son côté, révolutionné la façon de vendre un film au particulier: on ne se contente plus seulement de vous vendre le film ainsi que les lancements de ceux que vous pourriez acheter à la même édition, mais on vous le présente, on vous l’explique, on vous dévoile les coulisses du tournage, bref, vous n’êtes plus le spectateur d’une fiction qui se veut la plus captivante et vraisemblable possible, vous êtes un cinéphile. Vous voulez comprendre, analyser, démystifier … Nombre de passionnés se sont mis au DVD pour cela: ils ne jurent que par les “Editions Collector”.
Ainsi, je me permets de dire que le support DVD que nous connaissons aujourd’hui a bel et bien changé quelque chose dans la manière de consommer le cinéma que je trouve personnellement plus intéressante et plus constructive pour les raisons que je donnerai plus bas. En aucun cas il n’est la cause d’une prétendue désertion des salles. Le DVD est accrocheur, parce qu’il vous permet, si vous choisissez bien l’édition que vous allez acheter, de vous cinéphiliser ; il vous permet d’apprendre comment le cinéma se fait, comment les réalisateurs ont pu concevoir telle ou telle scène d’action qui vous en a mis tellement plein la vue lorsque vous avez vu le film au cinéma ! Ainsi je soutiens que bon nombre d’acheteurs de DVD et de Home Cinéma sont des passionnés de la technologie cinématographique qui savent ce qu’une bonne salle de cinéma a de plus que leur salon, encore faut-il que les salles de cinéma soient à la hauteur ; et en cela, je pense que cette prétendue concurrence du DVD est saine puisqu’elle force les exploitants de salles à se tenir au courant des nouvelles technologies et à se mettre à jour. A l’ère du numérique et du son « surround », les salles obscures n’ont plus rien à voir avec celles d’il y a vingt ans, et dans dix ans la même remarque sera certainement toujours vraie…
Cependant, le numérique, qui pour l’instant n’est pas très répandu au niveau de la projection en salle de cinéma causera par contre certainement une révolution dès qu’il aura été adopté et que les systèmes anti-pirateries auront été mis au point. En ce moment, la technologie numérique est surtout utilisée au niveau du tournage et du montage du film : le 35mm ne constituant plus qu’un support d’exploitation en attendant que la technologie de projection numérique soit adoptée par la majorité des exploitants de salles. Ce qui pose encore problème, notamment pour des questions de coût de l’installation et aussi de piraterie ; en effet, aucun moyen n’est assez efficace à ce jour. Mais le jour où ces difficultés auront été surmontées, c’est toute la chaîne du cinéma qui s’en verra modifiée : elle risque fort d’être verticale, dans le sens où les films pourront être transmis par satellite aux heures fixées par le distributeur qui aura la main-mise sur les salles de cinéma. Les exploitants n’auront alors plus réellement leur mot à dire. Quant aux professionnels de la projection 35 millimètres, ils n’auront qu’à se recycler dans le domaine de l’électronique et de l’informatique, ce qui est faisable, mais il faut envisager le fait que bon nombre de postes risquent d’être supprimés.
Ces dommages collatéraux de la révolution numérique sont à envisager sans nostalgie et sans amertume, puisqu’elle suit la volonté des consommateurs qui veulent le meilleur, et puisqu’il a été décrété que le numérique constitue « le meilleur », les exploitants devront suivre. Il y aura toujours les passionnés de pellicule comme c’est toujours le cas dans la photographie, cependant ce qu’on déplorera certainement, c’est le fait qu’une fois le numérique implanté, rares seront les films récents qui subsisteront sur support 35mm, ce qui revient à dire que les salles qui garderont uniquement ce support se rapprocheront plus d’une cinémathèque plutôt que d’une salle de cinéma habituelle avec les dernières sorties.
Pour conclure, je pense qu’il est sage de la part des professionnels de la branche de se rendre compte que leur milieu bouge réellement ; il faut voir le bon côté des choses : les prix des billets risquent d’être moins chers et la qualité d’image sera différente mais beaucoup plus stable et plus résistante au temps et au nombre de projections.
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