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Sortie exclusive à Lausanne : “Le Concert”

Dès ce soir, vous pourrez venir découvrir le film acclamé à Paris dès sa sortie du réalisateur de Va, vis et deviens!, Radu Mihaileanu. Son nouveau film, le Concert, sort en exclusivité chez nous pour toute la région lausannoise!

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Attention aux horaires un peu particuliers pendant les fêtes :
Mercredi 23 : 18h et 20h45
Jeudi 24 : 18h
Vendredi 25 : 18h et20h45
Samedi 26 : 15h15, 18h et 20h45
Dimanche 27 : 15h15, 18h et 20h45
Lundi 28 15h15, 18h et 20h45
Mardi 29 15h15, 18h et 20h45

Quant à Baba’s Song de Wolfgang Panzer, si vous l’avez manqué au City, il est dès ce soir au cinéma Bellevaux!

Autour du film Le concert

C’est un projet qui a commencé en 2002 avant le tournage du magnifique et “césarisé” Va, vis et deviens. Approché par un producteur qui lui propose un synopsis qui raconte l’histoire d’un faux orchestre du Bolchoï qui débarque à Paris, le réalisateur d’origine roumaine décide de partir de cette idée et de l’adapter à sa sauce. Il part donc en Russie avec Alain-Michel Blanc avec qui il collabore. Ils vont rencontrer pendant ce séjour de deux semaines les personnes qui ont nourri les personnages du film Le concert.

Le concert est à voir comme une métaphore des rapports fondamentaux entre individu et collectivité, au coeur de la crise actuelle de cette société qui a atteint les limites de l’individualisme. Le morceau que l’orchestre interprète au concert, soit “Concert pour violon et orchestre de Tchaïkovski” représente à lui seul cette métaphore.

De Radu Mihaileanu. Avec Alexeï Guskov, Mélanie Laurent, François Berléand, Miou Miou. Durée 2h00. Frenetic. France (coproduction Roumanie et Belgique). 2008

Synopsis

A l’époque de Brejnev, Andrei Filipov était le plus grand chef d’orchestre d’Union soviétique et dirigeait le célèbre Orchestre du Bolchoï. Mais après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami Sacha, il a été licencié en pleine gloire.
Trente ans plus tard, il travaille toujours au Bolchoï mais comme homme de ménage. Un soir, alors qu’Andrei est resté très tard pour astiquer le bureau du maître des lieux, il tombe sur un fax adressé à la direction du Bolchoï : il s’agit d’une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l’orchestre officiel à venir jouer à Paris. Soudain, Andrei a une idée de folie : pourquoi ne pas réunir ses anciens copains musiciens, qui vivent aujourd’hui de petits boulots, et les emmener à Paris, en les faisant passer pour le Bolchoï ? L’occasion tant attendue de prendre enfin leur revanche…

Les propos de Radu Mihaileanu

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J’ai compris pendant le mixage que cette métaphore réside dans le choix même du concert qui occupe la fin du film : le Concert pour violon et orchestre de Tchaïkovski. Pour moi, il s’agit effectivement du rapport entre l’individu et la collectivité qui renvoie à la crise actuelle. On constate aujourd’hui qu’on a atteint le degré ultime de l’individualisme et que les êtres humains se sentent en porte-à-faux par rapport à notre monde: ils aimeraient conserver les droits fondamentaux de l’individu tout en revenant à une société un peu plus solidaire.[…] La crise semble le démontrer avec violence : le lien entre l’individu et collectivité doit être très fort et, pour trouver l’harmonie – ou le bonheur-, on doit essayer de jouer autant que possible à l’unisson.

A propos du sort des intellectuels et des artistes sous Brejnev évoqué par le film

Même si un tout petit vent de liberté s’était mis à souffler près de dix ans avant la Perestroïka, le pouvoir essayait encore de bâillonner les intellectuels. Car tout régime totalitaire a peur que le point de vue des intellectuels ne se propage aux masses et que ces dernières ne se soulèvent. Brejnev se méfiait notamment des juifs qui ont souvent pris la parole sur des questions sensibles et qui avaient des parents à l’étranger, susceptibles de relayer leur point de vue. C’est ainsi que Brejnev a chassé les musiciens juifs de l’orchestre du Bolchoï, tout comme les Russes qui les ont défendus. De même, le régime craignait les gitans, et les minorités en général, qui ne se soumettaient pas à son autorité. De fait, les gitans n’ont jamais obéi aux ordres dans aucun pays: ce sont les êtres humains les plus libres au monde. J’ai souhaité évoquer cette réalité en filigrane. En revanche, j’ai cherché à montrer qu’un geste à priori anodin – l’éviction du chef d’orchestre et des musiciens juifs – peut susciter un traumatisme terrible sur toute une génération qui peut mettre trente ans à s’en relever. C’est le cas de beaucoup de destins brisés de gens ordinaires des pays de l’Est.

Le thème du film : l’ultime harmonie… Mais qu’est-ce donc?

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Mélanie Laurent :

Dans mon métier, ce sont des moments de grâce. Par exemple, quand on a une scène à jouer et qu’on ne sait pas bien comment l’aborder, que le réalisateur vient vous dire un mot dans l’oreille, et que tout s’éclaircit; on joue la scène et cela ne vous appartient plus. J’ai l’impression que l’ultime harmonie, c’est quelque chose qui ne vous appartient plus et qui se produit à un sommet de perfection. C’est quelque chose qui n’est pas réfléchi et qu’on ne peut pas atteindre si on cherche à l’atteindre.

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Alexei Guskov :

Spontanément et sans beaucoup réfléchir – pour moi c’est l’amour. Ensuite, on peut penser qu’en amour il existe beaucoup de nuances. L’art, c’est sans doute une sorte d’amour. Depuis l’époque de la peinture murale, les gens arrivent à atteindre cette ultime harmonie en faisant quelque chose de nouveau et en se mettant au-dessus de la vie ordinaire.

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François Berléand :

C’est lorsque, dans un concert, il se produit une osmose absolument incroyable entre le public, le concertiste, l’orchestre et le morceau de musique.

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Miou Miou :

Je préfère ne pas le savoir.
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Critiques

Le monde.fr par Jean-Luc Douin

Parfois poussive, portée par une énergie typiquement slave, l’épopée trouve sa vraie raison d’être artistique dans ce dernier quart d’heure qui dénoue les nœuds de l’intrigue et sublime cette fameuse idée d’une “ultime harmonie”, illustrant l’instant magique où le violon entraîne l’orchestre, où l’individu et le collectif ne font qu’un.

En filigrane, on retrouve l’idée forte du cinéma de Radu Mihaileanu, fils d’un juif roumain ayant dû changer de nom pour survivre : celle de la fatalité de devoir se faire passer pour ce qu’on n’est pas afin d’imposer son identité. Train de vie, son premier film, retraçait le périple d’un groupe de juifs créant un faux train de déportés pour échapper aux nazis. Va, vis et deviens montrait un “tricheur”, gosse éthiopien réfugié au Soudan, que sa mère faisait passer pour juif afin de le faire bénéficier de l’opération Moïse grâce à laquelle huit mille falashas furent transférés en Israël…

En ces temps d’individualisme à tous crins, il conjugue ici son obsession de l’imposture rédemptrice avec une réflexion sur la beauté des combats solidaires.
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L’evene.fr par Matthieu Menossi

Derrière les apparences du simple divertissement grand public, le réalisateur évoque le souvenir douloureux de l’URSS de Brejnev il y a trente ans. De cette Russie humiliée et mise à terre. De ses intellectuels brimés, asphyxiés aujourd’hui bien décidés à se relever. Un désir incarné par cette envie désespérée qui anime Ivan, ancien chef d’orchestre du prestigieux Bolchoï, de se rendre à Paris, accompagné de ses anciens compagnons de partition, pour jouer Tchaïkovsky au Théâtre du Châtelet. A la douleur et aux cicatrices de l’oppression, Radu Mihaileanu oppose l’extravagance, l’autodérision et le burlesque.

Un face à face saisissant entre le soliste et l’orchestre, où chacun devra comprendre les dissonances de l’autre pour parvenir à jouer à l’unisson.
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Les Echos, par Adrien Gombeaud

Un tiers Buena Vista Social Club, un tiers Choristes, un tiers de Goodbye Lenine, un peu de rires, de nostalgie et de tendresse : Le Concert est un habile cocktail commercial, parfaitement exécuté. Radu Mihaileanu, auteur de Vas, vis et deviens, équilibre ses moqueries pour ne froisser personne. Les Russes sont des ploucs, les Français des acariâtres et la musique réconcilie tout le monde.
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Filmographie de Radu Mihaileanu

A lire

A voir

A écouter

Interprétation du concerto pour violon de Tchaikovski qui est le morceau du film, interprété par Yuri Simonov&Danubia So., Academy Grand Hall, Budapest, HUNGARY 1995

Sortie de Baba’s Song!

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Dès ce soir mercredi 16.12.09 nous sortons Baba’s Song de Wolfgang Panzer. Tous les soirs à 18h30 et 20h45, et en plus à 16h15 samedi 19 et dimanche 20. Il sera à l’affiche pendant une semaine au City Club, puis c’est le Cinéma Bellevaux qui le reprendra dès le 23 décembre, date de sortie du film Le Concert que nous auront en exclusivité lausannoise!

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Réalisateur : Wolfgang Panzer; scénario Wolfgang Panzer; avec : Franka Potente, Sila Bakali, Joseph Pamfo, Gilles Tschudi, Sabina Schneebeli; pays : Suisse; année : 2008; durée : 104; image : Edwin Horak; son: Michael Schlömer / François Musy / Gabriel Hafner; montage : Sara Pazienti; musique : Ben Michael Mankhamba, Colin Ali, Mildred Ligoya, Gift Msonekela, Elia Thomas, Sila Bakali; décors : Lisa Meier; costumes : Lisa Meier; langue : anglais sous-titré d/f; sortie prévue : 16.12.09; distribution suisse : Vega Distribution
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Synopsis

Baba (Sila Bakali) et Jo (Joseph Pamfo), deux enfants des rues africains, ne pourraient être plus différents l’un de l’autre, et pourtant leur amour commun de la musique leur permet de surmonter ensemble les conditions très rudes de la vie quotidienne au Malawi. Jo, un jeune réfugié dégourdi connaît les rues et leurs embrouilles. Sa langue bien pendue le sort de toutes les situations. Contrairement à lui, Baba n’articule plus un mot depuis la mort de ses parents, et ce n’est que lorsqu’il chante et fait de la musique qu’il sort de son mutisme et s’épanouit. Alors seulement, il peut oublier son quotidien difficile de sans abri, marqué par la maladie, la violence et la faim. Or il arrive qu’un jour Ben Michael, un musicien qui est aussi la plus grande star du pays, entend Baba jouer et qu’il est fasciné par ce jeune garçon. Ben aimerait lui venir en aide, mais le passé de Baba est en passe de le rattraper. En effet, avant d’avoir fait la connaissance de son copain Jo dans le camp de réfugiés, Baba était dans un orphelinat dont le directeur (Gilles Tschudi) voulait le vendre à Paula (Franka Potente) et son amie (Sabina Schneebeli) qui l’auraient emmené en Europe. Mais Baba s’est enfui. Lors d’un concert où il partage la vedette avec Ben, Baba est repéré par le directeur de l’orphelinat qui veut immédiatement l’emmener avec lui. Mais la musique et l’amitié seront les plus fortes.
Baba’s Song de Wolfgang Panzer (Broken Silence) est un voyage musical au coeur de l’âme africaine. Le film exprime la joie de vivre dans la vie quotidienne du Malawi d’aujourd’hui, l’un des pays les plus pauvres du monde.
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Voir le trailer en anglais

Télécharger le dossier de presse

“Questions Nationales” en séance unique!

Cette semaine cinématographique (de mercredi 2 à mardi 8 décembre), nous gardons au programme Birdwatchers : la terre des hommes rouges de Marco Bechis, docu-fiction sur les Guarani-Kaiowà du Mato Grosso (Brésil) et leurs luttes pour récupérer leurs terres. Pour l’article complet sur ce blog, lire ceci.

Un événement exceptionnel en plus : lundi 7 décembre à 20h30, la projection unique en Suisse du film documentaire co-réalisé par Roger Boire et Jean-Pierre Roy Questions Nationales, en présence de Jean-Pierre Roy. “Questions Nationales” pose la question : “Pourquoi le Québec n’a-t-il pas réussi à devenir un Etat indépendant, comme espéré depuis les années 60?” et pour tenter d’y répondre, les réalisateurs se penchent sur les situations comparables de l’Ecosse au Royaume-Uni, ainsi que celle de la Catalogne en Espagne.

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De Roger Boire et Jean-Pierre Roy, avec Bernard Landry, Gilles Duceppe, Jonathan Valois, Louis Bernard, Stéphane Dion, Louis Balthazar, Guy Laforest, Jocelyn Létourneau, 92 min. , français/anglais/catalan, Production L’Oeil Fou inc. et Sortez-moi de ce film!, 2009

Synopsis

Un regard non partisan sur la question de la souveraineté du Québec.

Dans les années 60, certains politologues ont pu penser, et beaucoup de souverainistes ont espéré, que la province du Québec allait devenir un Etat indépendant avant l’an 2000. Depuis 50 ans, 111 pays sont devenus indépendants, mais pas le Québec. Pourquoi? Le film, en essayant de répondre à cette question, va jeter un regard curieux sur la situation de l’Ecosse au Royaume-Uni et sur celle de la Catalogne en Espagne, deux nations qui sont dans des situations comparables.

Source: le site officiel du film

Roger Boire et Jean-Pierre Roy, qui signent Questions nationales, donnent la parole à Bernard Landry [28e premier ministre du Québec de 2001 à 2003, parti québecois, NDLR] ainsi qu’à d’autres politiciens et penseurs d’ici – Gilles Duceppe, Jonathan Valois, Louis Bernard, Stéphane Dion, Louis Balthazar, Jocelyn Létourneau -, mais l’intérêt de leur film est d’abord dans la mise en parallèle de trois démarches. Le genre d’exercice qui plaît à Bernard Landry. “Ce sont trois démarches présentant des convergences et des différences, évidemment. En Catalogne, par exemple, je crois qu’il n’y a plus que 50 % de la population qui soit d’origine catalane. Ça nous donne une circonstance bien différente. En Écosse, la différence est moindre sur ce plan. Il faut dire que ce pays est moins ouvert que bien d’autres en matière d’immigration. Or la convergence est majeure: ces trois groupes humains constituent, indiscutablement, des nations”, soutient l’ancien premier ministre.

Source : Voir.ca, article de Tristan Malavoy-Racine “Bernard Landry, enfant de la patrie”

L’introduction du film Questions Nationales

“Mademoiselle Chambon” en reprise!

Dès mercredi 18, nous reprenons le film de Stéphane Brizé Mademoiselle Chambon, tous les soirs à 20h30, jusqu’à mardi 24 compris. Nous gardons Fish Tank (voir l’article détaillé) tous les soirs du 18 au 24 à 18h15, ainsi que Un dernier pour la route (voir l’article détaillé) samedi 21 et dimanche 22 à 16h00.

Mademoiselle Chambon

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De Stéphane BRIZE. Avec Vincent LINDON, Sandrine KIBERLAIN, Aure ATIKA.
Durée : 1h41 – Age légal 16 ans / suggéré dès 16 ans – XENIX FILMDISTRIBUTION 2008 – France

Synopsis

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Jean est quelqu’un de bien: un bon maçon, un bon fils, un bon père et un bon mari. Et dans son quotidien sans heurt, entre famille et travail, il croise la route de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il est un homme de peu de mots, elle vient d’un monde différent…
Ils vont être dépassés par l’évidence des sentiments.

Critique de Thomas Sotinel sur Lemonde.fr

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[…]voici Vincent Lindon troublé par Sandrine Kiberlain. Ce maçon-là vient de loin, d’un roman d’Eric Holder paru en 1996 (J’ai lu). De toute façon, l’effet dramatique est intemporel, qui oppose la solidité des maisons à la fragilité des vies qui les habitent. Sur cette idée tout ordinaire, Stéphane Brizé et ses interprètes ont construit un film d’une grande délicatesse, qui assume parfaitement sa condition de spectacle tout en s’approchant au plus près de la vérité des sentiments.
Thomas Sotinel

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Les propos du réalisateur au sujet du film
L’adaptation cinématographique d’un roman est un exercice périlleux; Stéphane Brizé parle de ce travail effectué avec sa co-scénariste Florence Vignon.

[Stéphane Brizé]

Avec ses outils de romancier, [Eric Holder] parlait de ces personnes avec une fragilité et une émotion qui semblaient me dire : “Voilà ce que tu dois filmer, c’est à cela que tu dois oser te confronter”. Avec Florence Vignon, nous nous sommes alors mis au travail pour adapter ce livre. Et à l’arrivée, nous ne l’avons sans doute pas adapté. J’ai fait parvenir le scénario à Eric Holder lorsque nous avons achevé notre travail. En retour, il nous a écrit une très belle lettre dans laquelle il nous disait: “c’est moins une adaptation qu’un prolongement, qu’un enrichissement, qu’un dévoilement d’une émotion que le roman tâchait de transmettre”.

Je crois qu’il faut parfois savoir trahir un livre pour transformer le plus justement une émotion littéraire en émotion cinématographique. Nos outils de narration sont tellement différents qu’une adaptation littérale d’une œuvre est bien souvent une erreur. Enfin, c’était le cas pour ce roman. Il ne faut pas faire de généralités.

Le réalisateur dit ne pas vouloir faire passer de message spécifique au travers de ses films, mais plutôt vouloir capturer quelque chose; il s’attarde ici à un personnage, celui de Jean, qu’il décrit ainsi :

Lindon et KiberlainJean est un homme peu à l’aise avec les mots et l’expression des sentiments. Il est alors intéressant et émouvant de regarder comment il va réagir face à une émotion qui le submerge et un dilemme qui s’impose à lui. Partir ou rester, voilà le choix qu’il va avoir à faire, avec toutes les bonnes raisons qui peuvent pousser un être humain à agir d’une manière ou d’une autre.

Il y a juste tout un pan de lui-même qu’il ne connaît pas et qu’une rencontre fortuite va révéler en même temps qu’il verra vaciller l’ensemble de ses certitudes.


A lire

A voir

Les références musicales du film

Filmographie de Stéphane Brizé

Cette semaine : “l’Affaire Farewell” et “Un dernier pour la route” en reprise

Dès mercredi 4 novembre, en plus de Fish Tank qui est prolongé d’une semaine (tous les soirs à 18:15 et dimanche 8 à 14:00 en plus), le City Club reprend L’Affaire Farewell (tous les soirs à 20:30) et Un dernier pour la route (samedi 7 et dimanche 8 à 16:15) en attendant les sorties annoncées sur la page “Prochainement” de ce blog.

Dès mercredi 4.11.09 tous les jours à 20:30 L’affaire Farewell de Christian CARION

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Avec Guillaume CANET, Emir KUSTURICA, Willem DAFOE.
Durée : 1h53 – Age légal 10 ans / suggéré dès 14 ans – PATHE FILMS A.G. 2008 – France

La critique de Thomas Sotinel sur Lemonde.fr

S’il est un genre qui ne s’est jamais acclimaté en France, c’est bien le film d’espionnage. La fortune d’OSS 117 (la parodie, pas l’original), repose d’ailleurs sur cette incompatibilité. Elle garantit au moins à L’Affaire Farewell le mérite de l’originalité. L’intérêt du film de Christian Carion ne s’arrête pas là. Récit d’une affaire qui affaiblit considérablement les services soviétiques dans les années qui précédèrent la fin de l’URSS, L’Affaire Farewell est portée par un scénario précis (qu’on aurait tort de prendre pour la relation des faits historiques) qui nourrit un duo d’acteurs inspirés, par ailleurs tous deux réalisateurs, Guillaume Canet et Emir Kusturica.

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Au début des années 1980, Pierre Froment (Canet), jeune ingénieur en poste à Moscou pour une multinationale française, est contacté par un homme qui se présente comme un colonel du KGB, Grigoriev (Kusturica). Ce dernier se déclare prêt à communiquer aux services français des informations qui permettront au camp occidental de neutraliser la campagne de pillage des secrets industriels qui avait déjà donné à l’URSS le Tupolev 144 et la navette Bourane. Dans la réalité, l’obtention de ces secrets, dévoilés par le colonel Vetrov – qu’on avait affublé du nom de code “Farewell” -, permit à François Mitterrand de démontrer à Ronald Reagan qu’il était un bon Occidental, malgré la présence de ministres communistes dans son gouvernement.

Christian Carion a rebaptisé tous les personnages de cette affaire, à l’exception des chefs d’Etat. Philippe Magnan et Fred Ward qui jouent les présidents français et américain sont grimés pour ressembler à leurs modèles dont ils reprennent les mimiques et les intonations. Cette esquisse sommaire, un peu caricaturale, du grand jeu planétaire est là pour faire ressortir la folle ambition du petit colonel, les conséquences telluriques de sa décision, mais aussi la vanité de son projet.
Sans ce personnage démesuré, et sans Emir Kusturica, L’Affaire Farewell s’écroulerait peut-être sous le poids de son ambition. Mais le metteur en scène du Temps des Gitans occupe tout l’espace de fiction du film, gonflant son bureaucrate de la Loubianka jusqu’à lui prêter des proportions shakespeariennes. Idéaliste, il refuse tout autre paiement que quelques bouteilles de cognac et des disques de Queen pour son fils, un adolescent qui a fait son deuil du socialisme dans un seul pays, et ne rêve que de Walkman et de Levi’s. Grigoriev se donne le vertige face à l’ampleur des destructions qu’il s’apprête à causer. Et plus le monde change autour de lui, en partie à cause de lui, plus il se détruit lui-même, mettant son mariage et sa famille en danger, se précipitant dans les bras de ses poursuivants.

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Transformation

Le petit ingénieur français est tout son contraire. D’abord dépassé par le fardeau, houspillé par une épouse que ses mensonges ne trompent pas, il prend peu à peu goût au jeu de l’espionnage. Guillaume Canet négocie cette transformation avec subtilité, aidé, pour définir la médiocrité initiale de son personnage, par les modes vestimentaires et capillaires de 1981. Plus tard, le scénario lui prête des aspirations à l’héroïsme un peu moins convaincantes.

Si la trajectoire de Grigoriev reste fascinante du début à la fin du film, la dernière partie de L’Affaire Farewell n’est pas tout à fait à la hauteur de son début. Christian Carion prend un plaisir manifeste à aller et venir entre un Moscou d’avant McDonald’s et les boîtes de nuit pour oligarques et la Maison Blanche (reconstituée) et l’Elysée (c’est le vrai).
Dans les faits, l’affaire Farewell s’est terriblement compliquée. La CIA remit en cause la fiabilité de la source (qui avait signalé la présence de taupes au sein de l’agence américaine), estimant que le comportement de Vetrov trahissait une santé mentale défaillante. A ce moment, on dirait que Christian Carion répugne à explorer plus avant la formidable ambiguïté du traître russe, laissant à son acteur toute la charge de ce travail.

Sur le coup, cette faiblesse apparaît à peine, parce que le récit – qui s’éloigne de plus en plus de l’exactitude historique – continue d’avancer vite, et parce qu’on reste sous le charme de cette invitation, inhabituelle dans le cinéma français, à construire de la fiction sur notre passé récent.

Thomas Sotinel

Auteur du livre Des secrets si bien gardés, Vincent Nouzille résume l’affaire Farewell sur son blog

Officier de renseignement modèle progressivement désillusionné par le système soviétique, Vetrov (interprété dans le film par Emir Kusturica) prit contact début 1981 avec des amis français de Thomson-CSF, qu’il avait connus dans les années 60 à Paris, afin de livrer des documents à la DST [NDLR: Direction de la Surveillance du Territoire], le service de contre-espionnage français.

Dans un premier temps, un des ingénieurs de Thomson (interprété par Guillaume Canet), du nom de Xavier Ameil, assuma les premiers rendez-vous à Moscou, avant de laisser la place, en mai 1981, à un professionnel du renseignement, “PF”, attaché militaire adjoint à l’ambassade de France à Moscou. Au total, près de 4000 documents soviétiques furent transmis à la DST. Grâce à cette taupe au sein du KGB, les Français découvrirent des pans entiers du dispositif de pillage scientifique et technologique des Soviétiques à l’Ouest.

Le président François Mitterrand en informa le président Ronald Reagan lors du sommet d’Ottawa en juillet 1981. La CIA et la DST travaillèrent sur l’ensemble des informations collectées, découvrant les faiblesses technologiques de l’URSS, dont ils surent tirer parti. Farewell disparut un jour de février 1982 à Moscou, arrêté pour une affaire de meurtre d’un milicien et de tentative d’assassinat de sa maîtresse. Condamné à 12 ans de goulag, Vetrov ne fut démasqué qu’en 1983 comme “traître”, après l’expulsion par François Mitterrand de 47 “diplomates” russes en poste à Paris. Farewell fut exécuté.

Liens proposés par Vincent Nouzille :

Encore plus d’infos :

A voir

La bande annonce du film

Reportage : L’affaire Farewell : rencontre avec Xavier Ameil montre un homme plein d’humilité qui qualifie son rôle dans l’affaire de “facteur qui reçoit des lettres et les redistribue”, se récriant vivement de son image médiatique telle que l’ “espion tourangeau qui a changé le monde”. Ça ne correspond pas du tout à ce que j’ai fait!… J’ai simplement fait sortir des documents top secrets qui ont servi à précipiter la chute du Mur de Berlin.” (Xavier Ameil)

Affaire Farewell : les vrais secrets par lesinfos.com.
Vincent Nouzille, journaliste et auteur du livre Des secrets si bien gardés a enquêté sur l’histoire et pense que “c’est l’affaire d’espionnage la plus importante du XX ème siècle parce qu’elle a permis aux occidentaux de savoir ce que le KGB savait sur eux. ” Le journaliste et écrivain explique le contexte social et parle notamment du climat de paranoïa qui régnait à Moscou pendant la guerre froide au début des années 80 où la crainte d’une attaque nucléaire américaine était persistante. L’élection de Ronald Reagan à la présidence des USA ne faisant qu’accentuer cette peur.

Vincent Nouzille parle aussi des conséquences de l’affaire Farewell :

  1. Réchauffement des relations entre la France et les USA
  2. L’utilisation par les USA de ces informations pour piéger des technologies qu’ils “laissent filer” en URSS.
  3. Une ambiance délétère au sein du KGB, et une image du colonel Vertov ambigüe, traître et héros, qui contribue à mener à la perestroïka et à la dissolution de l’empire soviétique.

Samedi 7.11.09 et dimanche 8.11.09 à 16:15 Un dernier pour la route de Philippe Godeau

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Avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz
Durée : 1h47 – Age légal 10 ans / suggéré dès 14 ans – JMH DISTRIBUTIONS S.A. 2009 – France

La Critique de David A. sur dvdrama

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Journaliste et patron d’une agence de presse, Hervé est au bout du rouleau. Las de sa dépendance à l’alcool et des dégâts que celle-ci a causé au sein de sa propre famille, il décide d’entamer une cure de désintoxication dans un centre spécialisé au bord du lac Léman. Sur place il y rencontre d’autres malades qui tentent eux aussi d’échapper à l’étau de la boisson. Il partage sa chambre avec Pierre, très grand buveur atteint d’une cirrhose et avec qui il se lie très vite d’amitié. Il y rencontre aussi Magali, une jeune femme de vingt-trois ans qui l’intrigue. Ils côtoient également Carol et Marc, ses deux thérapeutes anciens malades alcooliques eux-aussi. Si l’alcool est désigné comme l’ennemi commun, chacun doit faire face à ses propres démons, son propre passé, ses propres expériences. Le premier ennemi de chacun est soi-même et Hervé doit lui aussi commencer par reconnaître sa maladie avant d’entamer un lent processus de reconstruction, loin des siens et de son travail. Sur le chemin il prendra la pleine mesure des dégâts causés.

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Adapté du livre éponyme écrit par Hervé Chabalier lui-même, grand reporter et directeur de l’agence Capa, Le dernier pour la route s’offre comme un témoignage au quotidien d’une lutte contre un ennemi intime, cette maîtresse insatiable et destructrice selon les propres mots de l’auteur, qu’est l’alcool. Le film commence par ces fameux derniers verres avant le voyage vers cette institution de désintoxication, volontairement placée loin de tout dans un paysage grandiose qui permet aux patients de retrouver un certain équilibre. Privé de sorties et de téléphone dans un premier temps, les cinq semaines de programme sont vécues tout d’abord douloureusement. La perte des repères, certes, mais surtout l’impossibilité de consommer ne serait-ce que quelques gouttes d’alcool, sont les premiers obstacles auxquels sont confrontés les patients. Des obstacles surmontés par la thérapie de groupe notamment. Reconstruire des liens avec son entourage là où, souvent, l’isolation était devenue la seule solution pour boire sans sentir le regard culpabilisant d’autrui.

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Porté par l’interprétation sobre mais juste de François Cluzet et par celle radicale de Mélanie Thierry dans le rôle d’une jeune paumée qui ne peut que se résoudre à détruire son corps pour se sentir davantage libre, le film affronte ce sujet délicat, et pour beaucoup encore tabou, sans moralisme ni démagogie bien pensante. Le film ne traite pas tant de l’alcool lui-même que des victimes dont l’alcool a pris en main la vie, le destin, le sort. Des êtres qui sont désormais incapables de composer sans la moindre goutte, des êtres qui pour quelques sensations de bonheur ont renoncé sans s’en apercevoir à tout ce qui les entoure. La dépendance est une prison sans barreau mais une prison qui isole l’individu sans ménagement.

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Non sans quelques maladresses de mise en scène (les scènes caméra à l’épaule des moments critiques de la vie d’Hervé ou encore l’insistance des gros plans sur les verres pour démontrer l’obsession), le film accumule les jeux de regards pour tisser les enjeux de la thérapie ; regards d’Hervé sur lui-même, le regard des thérapeutes sur les patients, le regard des patients entre eux, le regard de l’épouse sur son mari, le regard du fils sur son père, etc. Des regards terribles, parfois accusateurs, mais aussi des regards compréhensifs et indulgents, des regards d’amitiés et des regards amoureux. Hervé, le journaliste, l’observateur, porte désormais un autre regard sur le monde, celui d’une victime contre une guerre plus silencieuse mais bien réelle que son corps a dû mener contre la dépendance.

David A.

Le site officiel du film

La bande annonce du film

Fish Tank dès mercredi

De Andrea ARNOLD. Avec Katie JAVIS, Kierston WAREING, Michael FASSBANDER. Prix du jury – Festival de Cannes 2009. Edinburgh 2009 : Meilleure actrice Katie Jarvis. Durée : 2h04 – Age légal 14 ans / suggéré dès 16 ans – PATHE FILMS A.G. 2009 – UK

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La critique de Gérard Crespo sur Avoir-Alire.com

Le second film coup de poing de Andrea Arnold est le portrait magnifique d’une adolescente à la dérive. Un film qui s’inscrit dans la meilleure mouvance du cinéma social anglais.

L’argument : Mia, 15 ans, adolescente à problème, a été exclue du collège et est rejetée par ses amis. Un jour d’été, sa mère rentre à la maison en compagnie d’un inconnu, Connor, qui promet de faire leur bonheur…

Notre avis : Nous avions gardé de Andrea Arnold l’excellent souvenir de Red Road, qui croisait les univers de Loach et Antonioni dans un saisissant portrait de vengeance. Fish Tank est du même niveau mais la cinéaste a le mérite de ne pas proposer un copié collé de son précédent opus, même si elle reprend (ce qui est logique pour un auteur) certains de ses thèmes : comme Jackie, Mia surveille, complote, prémédite et voudra réparer un outrage douloureux.

Andrea Arnold dépeint à merveille l’univers des petits pavillons populaires, dans la lignée du meilleur cinéma social anglais : no man’s land sinistre, restaurants glauques dans lesquels des jeunes filles se livrent à de tristes bouts d’essai de strip-tease, pubs abritant une faune fêtarde mais désœuvrée. La caméra de Arnold traque le danger, installe une tension qui ne quittera jamais l’écran : hostilité de Mia envers son beau-père, puis rapports équivoques entre eux ; épisode fascinant avec la fillette, dans lequel le malheur que l’on croit arriver (plan sur un tronc d’arbre, saut dans l’eau) est constamment contourné, la réalisatrice jouant avec les clichés pour mieux explorer d’autres pistes narratives. On songe aux Dardenne, dans cette volonté de suivre au plus près les personnages, et le désarroi de Mia fait écho à la douleur intériorisée de Rosetta. Mais c’est de nouveau à Loach qu’on se réfèrera : jamais depuis Family Life (1971) le portrait d’une adolescente de la société anglaise n’avait été cerné avec autant de justesse. Katie Jarvis lui prête sa sensibilité et son charisme, et la jeune actrice fut un temps donnée favorite (avec Giovanna Mezzogiorno) pour le Prix d’interprétation cannois, avant le couronnement de Charlotte Gainsbourg. À ses côtés, Michael Fassbender (Hunger), compose un personnage de séducteur charnel et troublant. Fait rarissime, les deux premiers longs métrages de Andrea Arnold ont obtenu un Prix du Jury à Cannes : peut-on y voir une reconnaissance définitive de ses pairs ?

Gérard Crespo

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Pour plus d’informations sur le film :

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Critique de Jean-Nicolas Berniche sur Evene.fr

Red Road était une claque, Fish Tank un véritable coup de poing dans la figure. Repartie de la Croisette en 2006 avec un prix du Jury amplement mérité et une réputation établie, Andrea Arnold n’avait alors rien montré de l’étendue de son talent. Fish Tank est une oeuvre incroyablement maîtrisée : l’immersion dans l’Essex prolétaire et paumé est totale, l’observation d’une génération sans avenir effrayante. Si le point de départ est moins grave que celui de Red Road, la lente plongée dans l’univers de Mia (Katie Jarvis) et Joanne (Kierston Wareing) est irrémédiable. Andrea Arnold montre le quotidien de ses héroïnes sans complaisance – un appart minable, fish tank (“aquarium”) pour êtres humains. Semblables à des cobayes, les personnages évoluent et se cognent à la vie. Si ça fonctionne aussi bien à l’écran, ce n’est pas uniquement grâce à ces plans saisissants, ces couleurs omniprésentes mais fatalement passées, cette caméra aussi instable que les personnages ; l’efficacité du cinéma d’Andrea Arnold doit se chercher ailleurs, dans sa démarche fortement proche de celle de Ken Loach. Katie Jarvis, actrice non professionnelle de 17 ans repérée sur un quai de gare, se voit ainsi proposer un premier rôle pour lequel elle ne lira le scénario que par petits bouts, au fur et à mesure du tournage. Coup de poker pour la cinéaste, risquer le jeu d’acteur pour l’authenticité. Au final, en allant même jusqu’à confronter la jeune actrice au charismatique et pro Michael Fassbender, le réalisme est frappant, la tension palpable. ‘Fish Tank’, film profondément noir et humain, y gagne terriblement, et Andrea Arnold signe une des oeuvres majeures du cinéma anglais engagé de ces dernières années.

Bancs Publics dès ce soir au City!

Tous les soirs à 18h30 et 20h45, avec une séance supplémentaire dimanche 12 juillet à 16h15

Bancs Publics, un film de Bruno Podalydès au cinéma le 8 Juillet 2009 avec : Florence Muller, Ridan, Samir Guesmi, Bruno Podalydès, Olivier Gourmet, Patrick Ligardes, Laure Calamy, Chantal Lauby, Emeline Bayart, Hippolyte Girardot, Michel Vuillermoz, Josiane Balasko, Thierry Lhermitte, Micheline Dax, Bernard Campan, Julie Depardieu, Pierre Arditi, Claude Rich, Michel Aumont, Didier Bourdon, Nicole Garcia, Vincent Elbaz, Mathieu Amalric, Elie Semoun, Jean-Noël Brouté, Emmanuelle Devos, Chiara Mastroianni, Eric Elmosnino, Isabelle Candelier, Philippe Uchan, Pascal Légitimus, Guilaine Londez, Amira Casar, Michael Lonsdale, Catherine Deneuve, Bruno Solo, Benoît Poelvoorde.

Critique de Le Monde.fr

II semblerait que Bruno Podalydès se soit fait la main avec des films d’entreprise pour Air France. Faut-il en conclure qu’il tient de cette formation son goût pour l’humour planant ? En tout cas, ce garçon folâtre tient dans le cinéma français, entre vacances en famille (Liberté Oléron, 2001) et polar à l’ancienne (Le Mystère de la chambre jaune, 2003), et avec le soutien régulier de son acteur de frère (Denis), une place légère comme une crème fouettée. Ce n’est pas fréquent. Son nouveau film est le point d’orgue d’une trilogie versaillaise qui comprend déjà Versailles-rive gauche, en 1991, et Dieu seul me voit (Versailles-chantier), en 1998.

Bancs publics (Versailles-rive droite) commence par un gag : l’interminable générique filmé dans le RER voit défiler les noms d’environ quatre-vingts acteurs français, venus de tous horizons et de toutes époques, pour former la plus vaste réunion de famille du cinéma qu’on ait vu depuis longtemps. Cette blague donne le ton d’un film qui flirte avec l’utopie d’une société apaisée et solidaire, contrepoint de celle dans laquelle nous vivons. On ne voit donc pas pourquoi il faudrait bouder son plaisir.

TOUT SE DÉTRAQUE

L’action est en trois parties. La première a lieu dans une petite entreprise versaillaise. Trois secrétaires au coeur vacant et à la langue fourchue remarquent sous la fenêtre de l’immeuble d’en face une large banderole noire portant, comme un appel au secours, l’inscription “homme seul”. L’appel se répand comme une traînée de poudre au bureau, qui envoie une délégation sur place, menée par Lucie (Florence Muller). Laquelle trouve voisinage insolite (Micheline Dax, Julie Depardieu, Thierry Lhermitte) et porte close.

Le deuxième acte commence à la pause-déjeuner, prise au square de Francine, où se croisent les échantillons d’une humanité florissante : deux vieux qui jouent au backgammon (Michel Aumont et Claude Rich), un ex-cancre devenu jogger (Vincent Elbaz), un père stressé (Mathieu Amalric), de jeunes mères à landau (Chiara Mastroianni et Emmanuelle Devos), des capitaines de maquettes de bateau (Didier Bourdon et Marcel Loshouarn), on en passe et des meilleures. Il ne se passe par ailleurs rien de notable, si ce n’est le rassemblement bon enfant de ces vedettes déguisées en messieurs et dames Tout-le-Monde.

Tout se détraque de manière burlesque au troisième acte, qui a lieu dans la boutique Bricodream, avec ses vendeurs plus incompétents les uns que les autres – dont Denis Podalydès -, confrontés à une flopée de clients maniaco-dépressifs (Pascal Légitimus, Benoît Poelvoorde…).

Le film retombe in extremis sur ses pattes en révélant l’identité de “l’homme seul”, de sorte que chaque spectateur pourra se réjouir avec lui. Il pourra même continuer le rêve, visiter l’exposition que l’hôtel de ville de Versailles consacre, jusqu’au 12 juillet, à Bruno Podalydès. Ou revoir tous ses films dans un cinéma de la ville, le bien nommé Cyrano.

Film français de Bruno Podalydès avec Denis Podalydès, Hippolyte Girardot, Florence Muller, Michel Vuillermoz, Pierre Arditi, Chantal Lauby. (1 h 52.)
Jacques Mandelbaum

Reprise de Millénium

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Dès ce soir, le City Club reprend le film suédois de Niels Arden Oplev Millénium tous les soirs à 20h45. Millénium est le premier volet cinématographique adapté de la trilogie littéraire éponyme de Stieg Larsson, auteur décédé en 2004.

De Niels Arden Oplev, durée : 140 minutes, avec : Michael Nyqvist, Noomi Rapace, Emil Almén, Peter Andersson, Willie Andréason, Sofia Brattwall, Gösta Bredefeldt, David Dencik, Alexandra Eisenstein, Barbro Enberg, Lena Endre, Jacob Ericksson, Christian Fiedler, Ewa Fröling

Synopsis

Mikael Blomkvist est journaliste économique dans le magazine Millénium. Comdamné pour diffamation, il décide de prendre de la distance avec sa vie et son métier. Mais Henrik Vanger, grande figure de l’industrie suédoise, fait appel à lui afin d’enquêter sur un meurtre non élucidé, celui d’Harriet Vanger, nièce du grand homme et disparue à l’âge de seize ans.

Au cours de ses recherches, Blomkvist se rend compte que la famille Vanger semble cacher bien des haines et des secrets. Dans le cadre de don enquête, le journaliste est amené à rencontrer Lisbeth Salander. La jeune femme de vingt-quatre ans possède un don exceptionnel, celui de découvrir des informations introuvables.

Tous deux vont être amenés à se croiser dans une enquête qui va révéler beaucoup plus que ce que chacun aurait pu imaginer…

Critique de dvdrama.com

Le premier volet de la trilogie Millénium va diviser le public et la critique comme toute adaptation de best-seller ultra-populaire en Occident. Souffrant d’une transposition stricto sensu du roman d’origine, le film flirte par moments avec le ridicule. Certaines fidélités outrancières risquent donc de bloquer le regard des aficionados du roman et compromettre l’entreprise d’une pareille adaptation cinématographique. Toutefois, on peut se féliciter d’avoir une déclinaison cinématographique européenne risquée et honnête qui ne tombe pas dans la mièvrerie ni le misérabilisme. Le principal souci réside donc, une fois de plus, dans le manque d’appropriation du matériau d’origine par le réalisateur, afin d’en proposer une approche cinématographique digne de ce nom. La puissance évocatrice, la violence, et la profondeur psychologique du livre demeurent en substance dans sa déclinaison sur grand écran, mais le tout manque d’âme et d’audace picturale.

Nous gardons Fausta : La Teta Asustada de Claudia Llosa au programme en VO tous les soirs à 18h45 jusqu’à mardi 7 juillet y compris.

Juventude em marcha / En avant Jeunesse

Juventude em marcha / en avant jeunesse de Pedro Costa (2006, Portugal – Suisse – France, 2h35 Avec Ventura, Beatriz Duarte, Vanda Duarte, Gustavo Sumpta, Cila Cardoso) sera en projection unique au City Club le mercredi 24 juin à 20h00, en présence de Freddy Buache qui va présenter le film au public.

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Sur le film :

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Critiques

Sans renoncer à son exigence au niveau des arts plastiques, à ses fascinants plans fixes dans lesquels le temps reste en suspens, Costa sculpte le verbe documentaire de la forme littéraire et parvient à faire en sorte que ses acteurs qui ne sont pas des professionnels du cinéma s’expriment avec une diction presque mythique. (LeMonde)

Le grand cinéaste portugais revient avec un film tourné en numérique composé de plans fixes aux personnages mouvants qu’on croirait composés dans un atelier du début de la Renaissance, de perspectives incroyables, et aussi de lumières obliques créant des ombres profondes comme sur les photos de chanteurs de jazz. (Les Inrokuptibles)

Un monument, un de ces rares films qui montrent de quoi le cinéma est capable de faire à un moment donné de son histoire esthétique et de son évolution technique. Le cinéaste portugais filme ses personnages comme un tableau politique (…), sans artifice, sans se préoccuper à les embellir, rehaussant tout simplement l’humanité dans toute sa splendeur, authenticité et véracité (Les Cahiers du Cinéma)
En avant jeunesse fait la peinture du rêve impossible de refondation d’un collectif disloqué par la logique des sociétés occidentales. Isolés des autres par les blanches parois de leurs nouveaux logements standardisés, les habitants de Fontainhas survivent. Des morts-vivants en sursis, comme Vanda, la guerrière trash autour de laquelle gravitait un petit monde, et qui carbure désormais à la méthadone. Elle a eu une fille, mais pas le droit de l’élever. Bouffie, elle fait des ménages, passe le plus clair de son temps allongée sur son lit devant la télé. “J’ai l’impression d’être en deuil de moi-même”, dit-elle à Ventura.

Trop grand pour les embrasures de porte des petites cages à lapin dans lesquelles on veut le parquer, Ventura fait vibrer chaque endroit de sa présence, de son verbe envoûtant, de la longue et dure histoire d’ouvrier émigré dont il est chargé. Il est celui qui panse les plaies, écoute, invente une belle lettre d’amour pour l’ouvrier vivant loin de chez lui. Extrait de la critique de Isabelle Regnier pour Le Monde

Sortie de Fausta : La Teta Asustada

Dès ce mercredi 17 juin à l’affiche du City Club le film de Claudia Llosa, Fausta : La Teta Asustada à toutes les séances.

Claudia Llosa à la Berlinale remporte l'Ours d'Or

Site officiel du film en espagnol
Dossier de presse en anglais à télécharger
La page IMDB du film
La page du film chez le distributeur suisse Trigon Film

Magaly Solier à Berlin, meilleure actrice hispano-américaine

Claudia Llosa, 32 ans, réalisatrice et Magaly Solier, qui incarne le personnage de Fausta

Rencontre avec le duo du film “La Teta Asustada”, Ours d’or à Berlin

LEMONDE.FR | 15.02.09 | 18h46 Mis à jour le 16.06.09 | 13h51

A l’heure où cet entretien est réalisé, samedi 14 février à 12 heures, personne ne se doute que La Teta Asustada, film qui a moins que d’autres suscité une unanimité critique, recevra quelques heures plus tard la récompense suprême. L’intervieweur moins que quiconque, qui désire simplement mieux connaître les ressorts d’un film qu’il admire, plutôt qu’il ne se pique d’avoir le nez creux (voir la désastreuse aventure Paul Schrader, vécue quelques jours plus tôt).

Les grands festivals de cinéma étant ce qu’ils sont, il y est toujours difficile de réussir un entretien, tout particulièrement avec deux interlocutrices et un interprète au milieu. Trop de stress, un temps cruellement compté, les collègues d’avant qui s’éternisent et ceux d’après qui piaffent d’impatience : on y glane ce qu’on peut, en projetant de terminer le chantier lors d’une hypothétique sortie du film en France, aucun distributeur n’ayant de fait acheté le film à l’heure de cet entretien. Huit heures plus tard, la situation est différente. En attendant le distributeur, voici la conversation, brute de décoffrage, telle qu’elle s’est déroulée.

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Claudia Llosa : Je faisais des repérages pour mon premier long métrage, Madeinusa, et je suis passé par le village natal de Magaly, Huanta, qui a été un des premiers villages conquis par le Sentier lumineux et l’un des derniers à être libéré. Je voulais assister à l’une de ces cérémonies spectaculaires du Christ articulé qui se donnent dans tous les villages de la région à l’occasion de la Pâque. Un Christ de taille humaine, avec des bras articulés qui lui donnent un effet de réel, est descendu de la Croix par le peuple. C’est là, sur les marches de l’église, que j’ai rencontré Magaly, qui vendait de la nourriture. Je l’ai trouvé immédiatement très attirante, très séduisante, et je me suis présentée à elle.

Magaly Solier : J’avais seize ans à l’époque et je n’avais aucune confiance en moi. Ma mère m’interdisait de parler aux étrangers et me disait que les Américains enlevaient les enfants. Mais Claudia m’a inspiré confiance et nous sommes restés en contact. Elle me téléphonait régulièrement à l’école. Ca a duré un an et un jour elle m’a dit de venir pour le casting.

Vouliez-vous devenir actrice alors ?

Magaly Solier : Je n’avais aucune idée de ce que c’était. Avant d’aller à Lima, j’ai cherché dans le dictionnaire la signification du mot casting. Jusqu’alors, j’avais envisagé de m’engager dans la police, ou d’être infirmière. Je voulais aussi être chanteuse, parce que je chante depuis l’âge de huit ans et que c’est ma véritable passion. Mais je savais que c’était un rêve lointain, surtout pour quelqu’un qui vient d’un milieu modeste.

Que font vos parents, comment envisagent-ils votre carrière ?

Magaly Solier : Ils sont paysans. Je crois qu’ils commencent à comprendre seulement maintenant ce que je fais.

Comment avez-vous vécu les atrocités auxquels fait allusion le film ?

Magaly Solier : Je devais avoir cinq ans à l’époque, mais ma mère m’a raconté ce qui s’est passé. Nous passions notre temps à fuir car les rebelles tuaient les hommes et violaient les femmes. Ma mère me portait dans des draps. Toutes les cicatrices que j’ai sur mon corps viennent de ces courses dans les champs. Ma mère m’a dit que je pleurais souvent et que c’était souvent un signe que les terroristes arrivaient.

Avez-vous composé les chansons du film ?

Magaly Solier : Claudia a écrit les paroles et j’ai composé la musique.

Quel est le statut de la langue quechua aujourd’hui au Pérou ?

Magaly Solier : C’est une langue qui disparaît petit à petit car elle est un signe de honte sociale. Déjà quand j’étais petite, ma mère ne voulait pas que je l’apprenne. Je la parlais avec ma grand-mère.

Claudia, comment avez-vous eu l’idée de ce film ?

Claudia Llosa : En lisant les témoignages des nombreuses femmes qui ont été violées durant ces événements. Et aussi la croyance populaire qu’elles transmettaient avec leur lait l’effroi de ce qu’elles avaient vécu à leurs nourrissons. C’est une idée très forte, à partir de laquelle j’ai créé le personnage de Fausta, l’enfant de cette peur, qu’interprète Magaly.


Ces événements sont à peine évoqués dans le film, où les personnages mentionnent simplement les terroristes. Mais les exactions n’étaient-elles pas commises aussi bien par la rébellion du Sentier lumineux que par les forces gouvernementales ?

Claudia Llosa : Oui, vous avez raison. Mais à l’époque, les choses étaient si violentes et si confuses qu’on ne savait jamais vraiment d’où venait le danger. La violence avait un double visage. C’est pour cela que j’évite d’aborder frontalement la chose dans mon film. Je ne veux pas désigner les coupables mais je veux montrer l’étendue du désastre qu’ils ont commis…

Propos recueillis par Jacques Mandelbaum
Source : Le Monde