Dès mercredi 4 novembre, en plus de Fish Tank qui est prolongé d’une semaine (tous les soirs à 18:15 et dimanche 8 à 14:00 en plus), le City Club reprend L’Affaire Farewell (tous les soirs à 20:30) et Un dernier pour la route (samedi 7 et dimanche 8 à 16:15) en attendant les sorties annoncées sur la page “Prochainement” de ce blog.
Dès mercredi 4.11.09 tous les jours à 20:30 L’affaire Farewell de Christian CARION
Durée : 1h53 – Age légal 10 ans / suggéré dès 14 ans – PATHE FILMS A.G. 2008 – France
La critique de Thomas Sotinel sur Lemonde.fr
S’il est un genre qui ne s’est jamais acclimaté en France, c’est bien le film d’espionnage. La fortune d’OSS 117 (la parodie, pas l’original), repose d’ailleurs sur cette incompatibilité. Elle garantit au moins à L’Affaire Farewell le mérite de l’originalité. L’intérêt du film de Christian Carion ne s’arrête pas là. Récit d’une affaire qui affaiblit considérablement les services soviétiques dans les années qui précédèrent la fin de l’URSS, L’Affaire Farewell est portée par un scénario précis (qu’on aurait tort de prendre pour la relation des faits historiques) qui nourrit un duo d’acteurs inspirés, par ailleurs tous deux réalisateurs, Guillaume Canet et Emir Kusturica.Au début des années 1980, Pierre Froment (Canet), jeune ingénieur en poste à Moscou pour une multinationale française, est contacté par un homme qui se présente comme un colonel du KGB, Grigoriev (Kusturica). Ce dernier se déclare prêt à communiquer aux services français des informations qui permettront au camp occidental de neutraliser la campagne de pillage des secrets industriels qui avait déjà donné à l’URSS le Tupolev 144 et la navette Bourane. Dans la réalité, l’obtention de ces secrets, dévoilés par le colonel Vetrov – qu’on avait affublé du nom de code “Farewell” -, permit à François Mitterrand de démontrer à Ronald Reagan qu’il était un bon Occidental, malgré la présence de ministres communistes dans son gouvernement.Christian Carion a rebaptisé tous les personnages de cette affaire, à l’exception des chefs d’Etat. Philippe Magnan et Fred Ward qui jouent les présidents français et américain sont grimés pour ressembler à leurs modèles dont ils reprennent les mimiques et les intonations. Cette esquisse sommaire, un peu caricaturale, du grand jeu planétaire est là pour faire ressortir la folle ambition du petit colonel, les conséquences telluriques de sa décision, mais aussi la vanité de son projet.
Sans ce personnage démesuré, et sans Emir Kusturica, L’Affaire Farewell s’écroulerait peut-être sous le poids de son ambition. Mais le metteur en scène du Temps des Gitans occupe tout l’espace de fiction du film, gonflant son bureaucrate de la Loubianka jusqu’à lui prêter des proportions shakespeariennes. Idéaliste, il refuse tout autre paiement que quelques bouteilles de cognac et des disques de Queen pour son fils, un adolescent qui a fait son deuil du socialisme dans un seul pays, et ne rêve que de Walkman et de Levi’s. Grigoriev se donne le vertige face à l’ampleur des destructions qu’il s’apprête à causer. Et plus le monde change autour de lui, en partie à cause de lui, plus il se détruit lui-même, mettant son mariage et sa famille en danger, se précipitant dans les bras de ses poursuivants.TransformationLe petit ingénieur français est tout son contraire. D’abord dépassé par le fardeau, houspillé par une épouse que ses mensonges ne trompent pas, il prend peu à peu goût au jeu de l’espionnage. Guillaume Canet négocie cette transformation avec subtilité, aidé, pour définir la médiocrité initiale de son personnage, par les modes vestimentaires et capillaires de 1981. Plus tard, le scénario lui prête des aspirations à l’héroïsme un peu moins convaincantes.Si la trajectoire de Grigoriev reste fascinante du début à la fin du film, la dernière partie de L’Affaire Farewell n’est pas tout à fait à la hauteur de son début. Christian Carion prend un plaisir manifeste à aller et venir entre un Moscou d’avant McDonald’s et les boîtes de nuit pour oligarques et la Maison Blanche (reconstituée) et l’Elysée (c’est le vrai).
Dans les faits, l’affaire Farewell s’est terriblement compliquée. La CIA remit en cause la fiabilité de la source (qui avait signalé la présence de taupes au sein de l’agence américaine), estimant que le comportement de Vetrov trahissait une santé mentale défaillante. A ce moment, on dirait que Christian Carion répugne à explorer plus avant la formidable ambiguïté du traître russe, laissant à son acteur toute la charge de ce travail.Sur le coup, cette faiblesse apparaît à peine, parce que le récit – qui s’éloigne de plus en plus de l’exactitude historique – continue d’avancer vite, et parce qu’on reste sous le charme de cette invitation, inhabituelle dans le cinéma français, à construire de la fiction sur notre passé récent.Thomas Sotinel
Auteur du livre Des secrets si bien gardés, Vincent Nouzille résume l’affaire Farewell sur son blog
Officier de renseignement modèle progressivement désillusionné par le système soviétique, Vetrov (interprété dans le film par Emir Kusturica) prit contact début 1981 avec des amis français de Thomson-CSF, qu’il avait connus dans les années 60 à Paris, afin de livrer des documents à la DST [NDLR: Direction de la Surveillance du Territoire], le service de contre-espionnage français.Dans un premier temps, un des ingénieurs de Thomson (interprété par Guillaume Canet), du nom de Xavier Ameil, assuma les premiers rendez-vous à Moscou, avant de laisser la place, en mai 1981, à un professionnel du renseignement, “PF”, attaché militaire adjoint à l’ambassade de France à Moscou. Au total, près de 4000 documents soviétiques furent transmis à la DST. Grâce à cette taupe au sein du KGB, les Français découvrirent des pans entiers du dispositif de pillage scientifique et technologique des Soviétiques à l’Ouest.Le président François Mitterrand en informa le président Ronald Reagan lors du sommet d’Ottawa en juillet 1981. La CIA et la DST travaillèrent sur l’ensemble des informations collectées, découvrant les faiblesses technologiques de l’URSS, dont ils surent tirer parti. Farewell disparut un jour de février 1982 à Moscou, arrêté pour une affaire de meurtre d’un milicien et de tentative d’assassinat de sa maîtresse. Condamné à 12 ans de goulag, Vetrov ne fut démasqué qu’en 1983 comme “traître”, après l’expulsion par François Mitterrand de 47 “diplomates” russes en poste à Paris. Farewell fut exécuté.
Liens proposés par Vincent Nouzille :
- Le livre : Adieu Farewell, de Sergueï Kostine et Eric Raynaud (Robert Laffont) édition 2009 revue et augmentée du livre Adieu Farewell de Sergueï Kostine (Robert Lafont, 1997)
- Le volet 1 et volet 2 du documentaire d’Arte sur l’affaire Farewell, de Jean-François Delassus, diffusé le 25 février 2009.
- Le livre de Thierry Wolton Le KGB en France (Grasset, 1986).
- le livre de l’ancien patron de la DST Marcel Chalet et Thierry Wolton Les visiteurs de l’ombre; (Grasset, 1990)
- Le livre du journaliste Philippe Madelin; Dans le secret des services; (2007), qui traite notamment l’affaire Farewell.
- Le roman Le Violon de neige de Michel Louyot (Publibook, 2008) où ce dernier imagine, avec force, ce qui peut se passer dans la tête de Vladimir Vetrov, dans sa prison moscovite, la veille de son exécution.
Encore plus d’infos :
- L’histoire de Xavier Ameil sur le site d’information Ouest France intitulée L’affaire Farewell, c’était lui, l’ingénieur-espion publié mardi 29.09.09, par Marc MAHUZIER.
- Le site officiel du film où trouver le dossier de presse ainsi que les photos
- L’article wikipedia sur la vraie affaire traitée par la DST.
A voir
La bande annonce du film
Reportage : L’affaire Farewell : rencontre avec Xavier Ameil montre un homme plein d’humilité qui qualifie son rôle dans l’affaire de “facteur qui reçoit des lettres et les redistribue”, se récriant vivement de son image médiatique telle que l’ “espion tourangeau qui a changé le monde”. Ça ne correspond pas du tout à ce que j’ai fait!… J’ai simplement fait sortir des documents top secrets qui ont servi à précipiter la chute du Mur de Berlin.” (Xavier Ameil)
Affaire Farewell : les vrais secrets par lesinfos.com.
Vincent Nouzille, journaliste et auteur du livre Des secrets si bien gardés a enquêté sur l’histoire et pense que “c’est l’affaire d’espionnage la plus importante du XX ème siècle parce qu’elle a permis aux occidentaux de savoir ce que le KGB savait sur eux. ” Le journaliste et écrivain explique le contexte social et parle notamment du climat de paranoïa qui régnait à Moscou pendant la guerre froide au début des années 80 où la crainte d’une attaque nucléaire américaine était persistante. L’élection de Ronald Reagan à la présidence des USA ne faisant qu’accentuer cette peur.
Vincent Nouzille parle aussi des conséquences de l’affaire Farewell :
- Réchauffement des relations entre la France et les USA
- L’utilisation par les USA de ces informations pour piéger des technologies qu’ils “laissent filer” en URSS.
- Une ambiance délétère au sein du KGB, et une image du colonel Vertov ambigüe, traître et héros, qui contribue à mener à la perestroïka et à la dissolution de l’empire soviétique.
Samedi 7.11.09 et dimanche 8.11.09 à 16:15 Un dernier pour la route de Philippe Godeau
Durée : 1h47 – Age légal 10 ans / suggéré dès 14 ans – JMH DISTRIBUTIONS S.A. 2009 – France
La Critique de David A. sur dvdrama
Journaliste et patron d’une agence de presse, Hervé est au bout du rouleau. Las de sa dépendance à l’alcool et des dégâts que celle-ci a causé au sein de sa propre famille, il décide d’entamer une cure de désintoxication dans un centre spécialisé au bord du lac Léman. Sur place il y rencontre d’autres malades qui tentent eux aussi d’échapper à l’étau de la boisson. Il partage sa chambre avec Pierre, très grand buveur atteint d’une cirrhose et avec qui il se lie très vite d’amitié. Il y rencontre aussi Magali, une jeune femme de vingt-trois ans qui l’intrigue. Ils côtoient également Carol et Marc, ses deux thérapeutes anciens malades alcooliques eux-aussi. Si l’alcool est désigné comme l’ennemi commun, chacun doit faire face à ses propres démons, son propre passé, ses propres expériences. Le premier ennemi de chacun est soi-même et Hervé doit lui aussi commencer par reconnaître sa maladie avant d’entamer un lent processus de reconstruction, loin des siens et de son travail. Sur le chemin il prendra la pleine mesure des dégâts causés.Adapté du livre éponyme écrit par Hervé Chabalier lui-même, grand reporter et directeur de l’agence Capa, Le dernier pour la route s’offre comme un témoignage au quotidien d’une lutte contre un ennemi intime, cette maîtresse insatiable et destructrice selon les propres mots de l’auteur, qu’est l’alcool. Le film commence par ces fameux derniers verres avant le voyage vers cette institution de désintoxication, volontairement placée loin de tout dans un paysage grandiose qui permet aux patients de retrouver un certain équilibre. Privé de sorties et de téléphone dans un premier temps, les cinq semaines de programme sont vécues tout d’abord douloureusement. La perte des repères, certes, mais surtout l’impossibilité de consommer ne serait-ce que quelques gouttes d’alcool, sont les premiers obstacles auxquels sont confrontés les patients. Des obstacles surmontés par la thérapie de groupe notamment. Reconstruire des liens avec son entourage là où, souvent, l’isolation était devenue la seule solution pour boire sans sentir le regard culpabilisant d’autrui.Porté par l’interprétation sobre mais juste de François Cluzet et par celle radicale de Mélanie Thierry dans le rôle d’une jeune paumée qui ne peut que se résoudre à détruire son corps pour se sentir davantage libre, le film affronte ce sujet délicat, et pour beaucoup encore tabou, sans moralisme ni démagogie bien pensante. Le film ne traite pas tant de l’alcool lui-même que des victimes dont l’alcool a pris en main la vie, le destin, le sort. Des êtres qui sont désormais incapables de composer sans la moindre goutte, des êtres qui pour quelques sensations de bonheur ont renoncé sans s’en apercevoir à tout ce qui les entoure. La dépendance est une prison sans barreau mais une prison qui isole l’individu sans ménagement.Non sans quelques maladresses de mise en scène (les scènes caméra à l’épaule des moments critiques de la vie d’Hervé ou encore l’insistance des gros plans sur les verres pour démontrer l’obsession), le film accumule les jeux de regards pour tisser les enjeux de la thérapie ; regards d’Hervé sur lui-même, le regard des thérapeutes sur les patients, le regard des patients entre eux, le regard de l’épouse sur son mari, le regard du fils sur son père, etc. Des regards terribles, parfois accusateurs, mais aussi des regards compréhensifs et indulgents, des regards d’amitiés et des regards amoureux. Hervé, le journaliste, l’observateur, porte désormais un autre regard sur le monde, celui d’une victime contre une guerre plus silencieuse mais bien réelle que son corps a dû mener contre la dépendance.David A.











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