- Dès mercredi 25, "Birdwatchers: la terre des hommes rouges" ts les soirs à 18h30 et 20h45, sa et di en plus à 16h15 http://bit.ly/8Dn4oC #
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Histoires de toiles…
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Dès mercredi 25 novembre, le City passe en plein programme une fiction de Marco Bechis, Birdwatchers: la terre des hommes rouges. Ce film traite de a condition des indiens Guaranis et s’appuie sur la triste réalité du quotidien de ces aborigènes qui n’ont plus guère que quelques petites parcelles de terres pour vivre, de loin pas assez pour chasser et se nourrir.
On a beaucoup parlé des Indiens Guaranis en anthropologie, de leur système social, politique, notamment au travers de Pierre Clastres ou Jean William Lapierre, dont les visions sont bien différentes. Cependant, les problèmes actuels touchant la société des Guaranis liés au manque de terres ne nous sont pas si familiers. La malnutrition est le pire fléau des quelque 30′000 Guaranis survivants qui se battent pour récupérer leurs terres, actions appelées retomadas .
Dès mercredi tous les soirs à 18h30 et 20h45. Samedi et dimanche, une séance supplémentaire à 16h15.
Birdwatchers – La Terre des Hommes Rouges
Réalisateur : Marco Bechis; pays : Brésil; avec : Claudio Santamaria, Alicelia Batista Cabreira, Chiara Caselli, Abrisio Da Silvia Pedro, Ademilson Concianza Verga, Ambrosio Vilhalva, Mateus Nachtergaele, Fabiane Pereira Da Silva, Eliane Juca Da Silva, Nelson Concianza, Leonardo Medeiros, Inéia Arce Gonçalves, Poli Fernandez Souza, Urbano Palacio; scénario : Marco Bechis, Luiz Bolognesi, coll. Lara Fremder; montage : Jacopo Quadri; musique : Domenico Zipoli (1688-1726), Andrea Guerra; image : Hélcio Alemão Nagamine; son : Gaspar Scheuer; équippement : Clóvis Bueno, Catarina Giargia; costumes : Catarina Giargia, Valeria Stefani; production : Gullane (Brazil), Classic (Italy); format : scope; durée : 108; langue : Guarani/Port.; sous-titres : d/f; distinctions : Unesco Prize, Mostra del Cinema Venezia 2008; sortie prévue : 25 novembre; distribution suisse : Trigon
A la suite d’un nouveau suicide parmi les membres de leur communauté, un groupe d’indiens Guarani-Kaiowà du Mato-Grosso, emmenés par Nadio et un vieux chaman, décide de retourner sur leurs terres ancestrales. Celles-ci sont devenues la propriété d’un riche fermier qui ne voit pas d’un bon œil cette troupe dépenaillée qui s’installe au bord de la route. Un de ses employés les surveillera depuis une caravane placée près du campement. Pendant ce temps, la vie s’organise, vaille que vaille. Le vieux chaman enseigne son savoir à son successeur désigné, Osvaldo, qui est tout aussi intéressé par la vespa, et la fille du fazendeiro qui se trouve dessus.
En plaçant son récit du point de vue des Indiens, l’Italo-Argentin Marco Bechis subvertit les clichés anthropologiques qui leur sont liés. Il nous livre ainsi un récit très réaliste pourtant teinté d’un humour corrosif qui évite tout misérabilisme.

Des faits :
Une réalité difficile
La colonisation sanglante qui a décimé une grande partie de la population indigène a aussi causé use dispersion des communautés et réduit de façon drastique la taille de leurs territoires. Les Guaranis vivent donc loin de leur tekoha [les guaranis appellent aujourd'hui les endroits où ils vivent "tekoha". Tekoha signifie donc l'endroit physique – la terre, la forêt, les champs, l'eau, la faune, la flore, les remèdes, etc. – où le "teko" ou "manière d'être", concept de vie des Guaranis, se réalise. Source ], confinés dans de tout petits terrains, ou pire, sans terres du tout.Le peuple Guarani de tout le continent a pu être témoin depuis l’invasion de ses terres du profit fait par les fermiers et les multinationales exploitant les ressources naturelles de leur territoire. Alors qu’eux vivent dans une situation que les organismes internationaux appellent un génocide, des milliards de bénéfices sont dégagés par les récoltes de soja, de canne à sucre et de cellulose, en minerai précieux et par la privatisation de la nature en vue de développer le tourisme.Malgré leur statut de population indigène la plus importante du Brésil, ils sont aussi les moins reconnus par l’état, notamment en ce qui concerne leur droit à la terre. En moyenne, un Guarani ne possède que moins d’un demi hectare. 95% de leurs terres traditionnelles ne sont toujours pas reconnues à travers le pays.Entre 2003 et 2005, sans terres à cultiver et d’où tirer leur alimentation, les Guaranis ont déploré 183 de leurs enfants de moins de cinq ans pour cause de malnutrition. C’est le chiffre le plus important parmi les peuples indigènes du Brésil.Poussés à vivre dans des huttes improvisées le long de l’autoroute et confinés dans des territoires trop petits, la violence explose. Les meurtres et les suicides au Mato Grosso do Sul ont le plus fait parler d’eux.Une étude du Conseil Missionnaire des Problèmes Indigènes (CIMI) élaborée entre 2003 et 2005 a recensé 68 suicides; selon des études anthropologiques, ces suicides sont aussi liés au manque de terres et de perspective de vie pour les jeunes. Durant cette période, on a recensé 60 meurtres au sein des Guaranis.Ces meurtres sont généralement des assassinats de chefs guaranis commandités par les fermiers ou résultant de conflits internes entre Guaranis qui se disputent l’autorité sur les communautés et les petites parcelles de terrains sur lesquels ils vivent. Ces conflits sont enflammés par les intérêts économiques des groupes envahisseurs qui occupent les terres traditionnelles du peuple Guarani et qui refusent de les quitter.Les enseignants Guaranis jouent un rôle important dans le processus actuel de lutte. Ce sont eux qui aident à interpréter le monde qui les entoure et à former, grâce à une éducation inter-culturelle, de nouveaux chefs conscients de leur histoire, de leur culture et de leurs droits garantis par la constitution fédérale.Au Brésil, les Guaranis utilisent des moyens traditionnels d’organisation dans leur lutte pour leurs droits. La réappropriation des terres se fait avec la participation de toute la communauté. Ce sont souvent les femmes qui mènent ces luttes pour les terres, puisque plus directement touchées dans leur quotidien par les besoins que crée un manque de terres cultivables, comme le manque de nourriture pour leurs enfants.Où qu’ils se trouvent, les Guaranis poursuivent leur lutte pour conserver leurs terres, comme la réapropriation du terrain Moro dis Cavalos dans l’Etat de Santa Catarina, Nhanderu Marangatu sur le Mato Grosso do Sul et le Tupinikim/Guarani dans l’Espirito Santo.Nos terres ont été envahies, nos terres ont été volées, nos territoires ont rétréci et nous n’avons plus de moyens de survivre. Nous voulons parler à Votre Sainteté de notre misère et de notre tristesse causée par les assassinats de nos chefs, froidement tués par ceux qui ont pris nos terres. Terre qui pour nous représente la vie et la survie dans ce grand Brésil que l’on qualifie de chrétien.Saint Père, nous plaçons grand espoir et confiance en votre visite dans notre pays. Emmenez nos cris et nos voix avec vous vers d’autres territoires qui ne sont pas les nôtres pour que le monde nous écoute, pour qu’une population plus humaine se batte pour nous, parce que notre peuple, notre nation indigène, est en train de disparaître au Brésil.Discours donné par Marçal Tupã-i au Pape Jean-Paul II en 1980 à Manaus. Ce grand chef Guarani était très important dans la lutte pour les terres et a été assassiné trois ans plus tard dans la région de Marangatu dans l’état de Mato Grosso do Sul par des hommes de mains d’une ferme. Jusqu’à maintenant, personne n’a été puni pour ce crime, et la région de Marangato pour laquelle Marçal se battait n’a pas été définitivement reconnue par l’Etat Brésilien.
Texte traduit de l’anglais par Virginie (admin) trouvé sur “Guarani People, Great People”, un site qui s’engage pour une aide solidaire envers les Guarani.
Un site à consulter absolument pour comprendre les enjeux ainsi que les moyens de changer la situation des Guaranis Un avenir pour les Guaranis
Le site de Survival International Mouvement pour les Peuples Indigènes
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Numéro 1 à Paris dès sa sortie, Le concert de Radu Mihaileanu crée un véritable raz de marée. Le City Club est heureux de vous annoncer que ce film tant attendu sortira dans notre salle en exclusivité lausannoise dès le 23 décembre!
C’est un projet qui a commencé en 2002 avant le tournage du magnifique et “césarisé” Va, vis et deviens. Approché par un producteur qui lui propose un synopsis qui raconte l’histoire d’un faux orchestre du Bolchoï qui débarque à Paris, le réalisateur d’origine roumaine décide de partir de cette idée et de l’adapter à sa sauce. Il part donc en Russie avec Alain-Michel Blanc avec qui il collabore. Ils vont rencontrer pendant ce séjour de deux semaines les personnes qui ont nourri les personnages du film Le concert.
Le concert est à voir comme une métaphore des rapports fondamentaux entre individu et collectivité, au coeur de la crise actuelle de cette société qui a atteint les limites de l’individualisme. Le morceau que l’orchestre interprète au concert, soit “Concert pour violon et orchestre de Tchaïkovski” représente à lui seul cette métaphore.
Sortie en exclusivité lausannoise au City Club dès le 23 décembre
Synopsis
A l’époque de Brejnev, Andrei Filipov était le plus grand chef d’orchestre d’Union soviétique et dirigeait le célèbre Orchestre du Bolchoï. Mais après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami Sacha, il a été licencié en pleine gloire.Trente ans plus tard, il travaille toujours au Bolchoï mais comme homme de ménage. Un soir, alors qu’Andrei est resté très tard pour astiquer le bureau du maître des lieux, il tombe sur un fax adressé à la direction du Bolchoï : il s’agit d’une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l’orchestre officiel à venir jouer à Paris. Soudain, Andrei a une idée de folie : pourquoi ne pas réunir ses anciens copains musiciens, qui vivent aujourd’hui de petits boulots, et les emmener à Paris, en les faisant passer pour le Bolchoï ? L’occasion tant attendue de prendre enfin leur revanche…
Les propos de Radu Mihaileanu
J’ai compris pendant le mixage que cette métaphore réside dans le choix même du concert qui occupe la fin du film : le Concert pour violon et orchestre de Tchaïkovski. Pour moi, il s’agit effectivement du rapport entre l’individu et la collectivité qui renvoie à la crise actuelle. On constate aujourd’hui qu’on a atteint le degré ultime de l’individualisme et que les êtres humains se sentent en porte-à-faux par rapport à notre monde: ils aimeraient conserver les droits fondamentaux de l’individu tout en revenant à une société un peu plus solidaire.[…] La crise semble le démontrer avec violence : le lien entre l’individu et collectivité doit être très fort et, pour trouver l’harmonie – ou le bonheur-, on doit essayer de jouer autant que possible à l’unisson.
A propos du sort des intellectuels et des artistes sous Brejnev évoqué par le film
Même si un tout petit vent de liberté s’était mis à souffler près de dix ans avant la Perestroïka, le pouvoir essayait encore de bâillonner les intellectuels. Car tout régime totalitaire a peur que le point de vue des intellectuels ne se propage aux masses et que ces dernières ne se soulèvent. Brejnev se méfiait notamment des juifs qui ont souvent pris la parole sur des questions sensibles et qui avaient des parents à l’étranger, susceptibles de relayer leur point de vue. C’est ainsi que Brejnev a chassé les musiciens juifs de l’orchestre du Bolchoï, tout comme les Russes qui les ont défendus. De même, le régime craignait les gitans, et les minorités en général, qui ne se soumettaient pas à son autorité. De fait, les gitans n’ont jamais obéi aux ordres dans aucun pays: ce sont les êtres humains les plus libres au monde. J’ai souhaité évoquer cette réalité en filigrane. En revanche, j’ai cherché à montrer qu’un geste à priori anodin – l’éviction du chef d’orchestre et des musiciens juifs – peut susciter un traumatisme terrible sur toute une génération qui peut mettre trente ans à s’en relever. C’est le cas de beaucoup de destins brisés de gens ordinaires des pays de l’Est.
Le thème du film : l’ultime harmonie… Mais qu’est-ce donc?
Dans mon métier, ce sont des moments de grâce. Par exemple, quand on a une scène à jouer et qu’on ne sait pas bien comment l’aborder, que le réalisateur vient vous dire un mot dans l’oreille, et que tout s’éclaircit; on joue la scène et cela ne vous appartient plus. J’ai l’impression que l’ultime harmonie, c’est quelque chose qui ne vous appartient plus et qui se produit à un sommet de perfection. C’est quelque chose qui n’est pas réfléchi et qu’on ne peut pas atteindre si on cherche à l’atteindre.
Spontanément et sans beaucoup réfléchir – pour moi c’est l’amour. Ensuite, on peut penser qu’en amour il existe beaucoup de nuances. L’art, c’est sans doute une sorte d’amour. Depuis l’époque de la peinture murale, les gens arrivent à atteindre cette ultime harmonie en faisant quelque chose de nouveau et en se mettant au-dessus de la vie ordinaire.
C’est lorsque, dans un concert, il se produit une osmose absolument incroyable entre le public, le concertiste, l’orchestre et le morceau de musique.
Je préfère ne pas le savoir.
Critiques
Le monde.fr par Jean-Luc Douin
Parfois poussive, portée par une énergie typiquement slave, l’épopée trouve sa vraie raison d’être artistique dans ce dernier quart d’heure qui dénoue les nœuds de l’intrigue et sublime cette fameuse idée d’une “ultime harmonie”, illustrant l’instant magique où le violon entraîne l’orchestre, où l’individu et le collectif ne font qu’un.En filigrane, on retrouve l’idée forte du cinéma de Radu Mihaileanu, fils d’un juif roumain ayant dû changer de nom pour survivre : celle de la fatalité de devoir se faire passer pour ce qu’on n’est pas afin d’imposer son identité. Train de vie, son premier film, retraçait le périple d’un groupe de juifs créant un faux train de déportés pour échapper aux nazis. Va, vis et deviens montrait un “tricheur”, gosse éthiopien réfugié au Soudan, que sa mère faisait passer pour juif afin de le faire bénéficier de l’opération Moïse grâce à laquelle huit mille falashas furent transférés en Israël…En ces temps d’individualisme à tous crins, il conjugue ici son obsession de l’imposture rédemptrice avec une réflexion sur la beauté des combats solidaires.
L’evene.fr par Matthieu Menossi
Derrière les apparences du simple divertissement grand public, le réalisateur évoque le souvenir douloureux de l’URSS de Brejnev il y a trente ans. De cette Russie humiliée et mise à terre. De ses intellectuels brimés, asphyxiés aujourd’hui bien décidés à se relever. Un désir incarné par cette envie désespérée qui anime Ivan, ancien chef d’orchestre du prestigieux Bolchoï, de se rendre à Paris, accompagné de ses anciens compagnons de partition, pour jouer Tchaïkovsky au Théâtre du Châtelet. A la douleur et aux cicatrices de l’oppression, Radu Mihaileanu oppose l’extravagance, l’autodérision et le burlesque.Un face à face saisissant entre le soliste et l’orchestre, où chacun devra comprendre les dissonances de l’autre pour parvenir à jouer à l’unisson.
Les Echos, par Adrien Gombeaud
Un tiers Buena Vista Social Club, un tiers Choristes, un tiers de Goodbye Lenine, un peu de rires, de nostalgie et de tendresse : Le Concert est un habile cocktail commercial, parfaitement exécuté. Radu Mihaileanu, auteur de Vas, vis et deviens, équilibre ses moqueries pour ne froisser personne. Les Russes sont des ploucs, les Français des acariâtres et la musique réconcilie tout le monde.
Filmographie de Radu Mihaileanu
A lire
A voir
A écouter
Dès mercredi 18, nous reprenons le film de Stéphane Brizé Mademoiselle Chambon, tous les soirs à 20h30, jusqu’à mardi 24 compris. Nous gardons Fish Tank (voir l’article détaillé) tous les soirs du 18 au 24 à 18h15, ainsi que Un dernier pour la route (voir l’article détaillé) samedi 21 et dimanche 22 à 16h00.
De Stéphane BRIZE. Avec Vincent LINDON, Sandrine KIBERLAIN, Aure ATIKA.
Durée : 1h41 – Age légal 16 ans / suggéré dès 16 ans – XENIX FILMDISTRIBUTION 2008 – France
Synopsis
Jean est quelqu’un de bien: un bon maçon, un bon fils, un bon père et un bon mari. Et dans son quotidien sans heurt, entre famille et travail, il croise la route de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il est un homme de peu de mots, elle vient d’un monde différent…
Ils vont être dépassés par l’évidence des sentiments.
Critique de Thomas Sotinel sur Lemonde.fr
[…]voici Vincent Lindon troublé par Sandrine Kiberlain. Ce maçon-là vient de loin, d’un roman d’Eric Holder paru en 1996 (J’ai lu). De toute façon, l’effet dramatique est intemporel, qui oppose la solidité des maisons à la fragilité des vies qui les habitent. Sur cette idée tout ordinaire, Stéphane Brizé et ses interprètes ont construit un film d’une grande délicatesse, qui assume parfaitement sa condition de spectacle tout en s’approchant au plus près de la vérité des sentiments.Thomas Sotinel
Les propos du réalisateur au sujet du film
L’adaptation cinématographique d’un roman est un exercice périlleux; Stéphane Brizé parle de ce travail effectué avec sa co-scénariste Florence Vignon.
Avec ses outils de romancier, [Eric Holder] parlait de ces personnes avec une fragilité et une émotion qui semblaient me dire : “Voilà ce que tu dois filmer, c’est à cela que tu dois oser te confronter”. Avec Florence Vignon, nous nous sommes alors mis au travail pour adapter ce livre. Et à l’arrivée, nous ne l’avons sans doute pas adapté. J’ai fait parvenir le scénario à Eric Holder lorsque nous avons achevé notre travail. En retour, il nous a écrit une très belle lettre dans laquelle il nous disait: “c’est moins une adaptation qu’un prolongement, qu’un enrichissement, qu’un dévoilement d’une émotion que le roman tâchait de transmettre”.Je crois qu’il faut parfois savoir trahir un livre pour transformer le plus justement une émotion littéraire en émotion cinématographique. Nos outils de narration sont tellement différents qu’une adaptation littérale d’une œuvre est bien souvent une erreur. Enfin, c’était le cas pour ce roman. Il ne faut pas faire de généralités.
Le réalisateur dit ne pas vouloir faire passer de message spécifique au travers de ses films, mais plutôt vouloir capturer quelque chose; il s’attarde ici à un personnage, celui de Jean, qu’il décrit ainsi :
Jean est un homme peu à l’aise avec les mots et l’expression des sentiments. Il est alors intéressant et émouvant de regarder comment il va réagir face à une émotion qui le submerge et un dilemme qui s’impose à lui. Partir ou rester, voilà le choix qu’il va avoir à faire, avec toutes les bonnes raisons qui peuvent pousser un être humain à agir d’une manière ou d’une autre.
A lire
A voir
Les références musicales du film
Filmographie de Stéphane Brizé
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Dès mercredi 11 novembre, nous reprenons Un prophète de Jacques Audiard, tous les soirs à 20h30. Fish Tank D’Andrea Arnold (UK) reste au programme tous les soirs à 18h15 et nous continuons aussi en supplémentaire samedi et dimanche à 16h00 Un dernier pour la route de Philippe Godeau. Pour les détails, voir l’article sur Fish Tank et l’article sur Un dernier pour la route.
Synopsis
Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. À son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans. D’emblée, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des “missions”, il s’endurcit et gagne la confiance des Corses.
Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau…
Entretien avec Jacques Audiard
Comment en êtes-vous venu à raconter cette histoire ?Ce qui nous intéressait avec mon co-scénariste, Thomas Bidegain, c’était de se demander comment à partir du sujet d’Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, nous allions créer une histoire de cinéma qui nous semblerait pertinente. Il fallait donc trouver une manière de faire résonner UN PROPHÈTE dans le champ contemporain. Nous voulions fabriquer des héros à partir de figures que l’on ne connaît pas, qui n’ont pas de représentation iconique au cinéma, comme les Arabes par exemple. En France, le cinéma a tendance à les mettre en scène uniquement dans des représentations naturalistes et sociologiques. Or, nous voulions faire un pur film de genre, un peu à la manière du western qui a mis en lumière des visages que l’on ne connaissait pas et qui les a transformés en héros.A travers le personnage de Malik, le film véhicule l’idée que le savoir et la connaissance permettent d’accéder au pouvoir.Oui et c’est ce qui est le plus intéressant. Ce type de personnage casse l’idée générale qu’il n’y a pas que les « sanguins à gros bras » qui l’emportent. En suivant le parcours de Malik, on observe un cerveau en action, un cerveau qui donne des preuves d’adaptabilité phénoménale que le personnage va d’abord utiliser dans des comportements opportunistes, « sauver sa peau », survivre pour ensuite améliorer son sort et enfin accéder à un autre niveau, au pouvoir.Comment avez-vous structuré votre désir d’ériger Malik en héros ?En partie à travers l’image des Arabes dans le cinéma qui est soit nulle, en les représentant en terroristes, soit simplement naturaliste en ne faisant que coller à la réalité sociale. Ces postulats m’ont très vite amené à la question du choix des comédiens. Pour le rôle de Malik, il fallait quelqu’un d’extrêmement polymorphe et qui correspond parfaitement à la thématique de l’identité sur laquelle le film repose. C’est un jeune homme qui n’a pas d’histoire et qui va s’en écrire une sous nos yeux. Très tôt, nous avons su que ce récit-là ne pouvait pas tenir s’il était incarné par des acteurs identifiables, des « têtes connues », justement parce qu’il s’agit d’une histoire d’accession à la visibilité.Y avait-il également l’envie de décloisonner le cinéma français ?C’était inhérent au projet. Je n’ai pas une filmographie considérable, je n’ai réalisé que cinq films. J’ai travaillé avec Matthieu Kassovitz, Vincent Cassel, Romain Duris, et d’autres acteurs vraiment formidables, mais après DE BATTRE MON CŒUR S’EST ARRÊTÉ, j’avais envie d’inconnus. Cette idée allait de pair avec la conscience que le cinéma a une inscription sociale forte. Et que s’il ne parle pas du monde tel qu’il est, s’il ne capte pas le monde qui défile, je ne sais pas à quoi il sert. Quand je dis ça, ce n’est pas polémique, c’est juste que mon truc est d’inscrire de la fiction dans ce qui semblerait être de la réalité. Je pense qu’aujourd’hui, en France, le cinéma est incroyablement réducteur de ce point de vue là. Je ne sais pas de quelle réalité le cinéma français parle. Pour ma part, si je dois me concentrer sur mes proches et mes semblables, on va vite faire le tour. Encore une fois, je parle juste de ma boutique, les autres font exactement ce qu’ils veulent. Donc oui, le projet du film était de décloisonner autant le casting que de prendre en compte le fait que le monde change et que les figures héroïques doivent évoluer. A mon sens, il y a de nouvelles mythologies à bâtir sur de nouveaux visages et de nouveaux parcours.Est-ce que, selon vous, UN PROPHÈTE est un film moral ?Oui, ce qui aurait été immoral, c’est d’en faire un personnage sans conscience. Or il a conscience du bien et du mal, il le sait dans sa chair, car justement, on lui a fait du mal.Est-ce que vous étiez conscient en faisant UN PROPHÈTE de faire un film qui s’ancre dans la culture populaire ?C’est ce dont j’avais envie. Pour autant, nous souhaitions faire un anti SCARFACE. Pour moi, les névropathes sont de purs crétins et ne peuvent être en aucun cas des objets d’identification. L’ascension d’un fou furieux ne m’intéresse absolument pas. En revanche, un film comme LA HAINE de Matthieu Kassovitz a permis de capter quelque chose auquel je suis sensible. Si UN PROPHÈTE va parfois sur le même terrain, c’est volontaire. Il y a un manque que ces deux films cherchent à dénoncer.Morceaux choisis du dossier de presse.
Filmographie du réalisateur
La critique de Jacques Mandelbaum sur Lemonde.fr “Un Prophète” : la prison, une école de la vie, selon jacques Audiard
Dès mercredi 4 novembre, en plus de Fish Tank qui est prolongé d’une semaine (tous les soirs à 18:15 et dimanche 8 à 14:00 en plus), le City Club reprend L’Affaire Farewell (tous les soirs à 20:30) et Un dernier pour la route (samedi 7 et dimanche 8 à 16:15) en attendant les sorties annoncées sur la page “Prochainement” de ce blog.
La critique de Thomas Sotinel sur Lemonde.fr
S’il est un genre qui ne s’est jamais acclimaté en France, c’est bien le film d’espionnage. La fortune d’OSS 117 (la parodie, pas l’original), repose d’ailleurs sur cette incompatibilité. Elle garantit au moins à L’Affaire Farewell le mérite de l’originalité. L’intérêt du film de Christian Carion ne s’arrête pas là. Récit d’une affaire qui affaiblit considérablement les services soviétiques dans les années qui précédèrent la fin de l’URSS, L’Affaire Farewell est portée par un scénario précis (qu’on aurait tort de prendre pour la relation des faits historiques) qui nourrit un duo d’acteurs inspirés, par ailleurs tous deux réalisateurs, Guillaume Canet et Emir Kusturica.Au début des années 1980, Pierre Froment (Canet), jeune ingénieur en poste à Moscou pour une multinationale française, est contacté par un homme qui se présente comme un colonel du KGB, Grigoriev (Kusturica). Ce dernier se déclare prêt à communiquer aux services français des informations qui permettront au camp occidental de neutraliser la campagne de pillage des secrets industriels qui avait déjà donné à l’URSS le Tupolev 144 et la navette Bourane. Dans la réalité, l’obtention de ces secrets, dévoilés par le colonel Vetrov – qu’on avait affublé du nom de code “Farewell” -, permit à François Mitterrand de démontrer à Ronald Reagan qu’il était un bon Occidental, malgré la présence de ministres communistes dans son gouvernement.Christian Carion a rebaptisé tous les personnages de cette affaire, à l’exception des chefs d’Etat. Philippe Magnan et Fred Ward qui jouent les présidents français et américain sont grimés pour ressembler à leurs modèles dont ils reprennent les mimiques et les intonations. Cette esquisse sommaire, un peu caricaturale, du grand jeu planétaire est là pour faire ressortir la folle ambition du petit colonel, les conséquences telluriques de sa décision, mais aussi la vanité de son projet.
Sans ce personnage démesuré, et sans Emir Kusturica, L’Affaire Farewell s’écroulerait peut-être sous le poids de son ambition. Mais le metteur en scène du Temps des Gitans occupe tout l’espace de fiction du film, gonflant son bureaucrate de la Loubianka jusqu’à lui prêter des proportions shakespeariennes. Idéaliste, il refuse tout autre paiement que quelques bouteilles de cognac et des disques de Queen pour son fils, un adolescent qui a fait son deuil du socialisme dans un seul pays, et ne rêve que de Walkman et de Levi’s. Grigoriev se donne le vertige face à l’ampleur des destructions qu’il s’apprête à causer. Et plus le monde change autour de lui, en partie à cause de lui, plus il se détruit lui-même, mettant son mariage et sa famille en danger, se précipitant dans les bras de ses poursuivants.TransformationLe petit ingénieur français est tout son contraire. D’abord dépassé par le fardeau, houspillé par une épouse que ses mensonges ne trompent pas, il prend peu à peu goût au jeu de l’espionnage. Guillaume Canet négocie cette transformation avec subtilité, aidé, pour définir la médiocrité initiale de son personnage, par les modes vestimentaires et capillaires de 1981. Plus tard, le scénario lui prête des aspirations à l’héroïsme un peu moins convaincantes.Si la trajectoire de Grigoriev reste fascinante du début à la fin du film, la dernière partie de L’Affaire Farewell n’est pas tout à fait à la hauteur de son début. Christian Carion prend un plaisir manifeste à aller et venir entre un Moscou d’avant McDonald’s et les boîtes de nuit pour oligarques et la Maison Blanche (reconstituée) et l’Elysée (c’est le vrai).
Dans les faits, l’affaire Farewell s’est terriblement compliquée. La CIA remit en cause la fiabilité de la source (qui avait signalé la présence de taupes au sein de l’agence américaine), estimant que le comportement de Vetrov trahissait une santé mentale défaillante. A ce moment, on dirait que Christian Carion répugne à explorer plus avant la formidable ambiguïté du traître russe, laissant à son acteur toute la charge de ce travail.Sur le coup, cette faiblesse apparaît à peine, parce que le récit – qui s’éloigne de plus en plus de l’exactitude historique – continue d’avancer vite, et parce qu’on reste sous le charme de cette invitation, inhabituelle dans le cinéma français, à construire de la fiction sur notre passé récent.Thomas Sotinel
Auteur du livre Des secrets si bien gardés, Vincent Nouzille résume l’affaire Farewell sur son blog
Officier de renseignement modèle progressivement désillusionné par le système soviétique, Vetrov (interprété dans le film par Emir Kusturica) prit contact début 1981 avec des amis français de Thomson-CSF, qu’il avait connus dans les années 60 à Paris, afin de livrer des documents à la DST [NDLR: Direction de la Surveillance du Territoire], le service de contre-espionnage français.Dans un premier temps, un des ingénieurs de Thomson (interprété par Guillaume Canet), du nom de Xavier Ameil, assuma les premiers rendez-vous à Moscou, avant de laisser la place, en mai 1981, à un professionnel du renseignement, “PF”, attaché militaire adjoint à l’ambassade de France à Moscou. Au total, près de 4000 documents soviétiques furent transmis à la DST. Grâce à cette taupe au sein du KGB, les Français découvrirent des pans entiers du dispositif de pillage scientifique et technologique des Soviétiques à l’Ouest.Le président François Mitterrand en informa le président Ronald Reagan lors du sommet d’Ottawa en juillet 1981. La CIA et la DST travaillèrent sur l’ensemble des informations collectées, découvrant les faiblesses technologiques de l’URSS, dont ils surent tirer parti. Farewell disparut un jour de février 1982 à Moscou, arrêté pour une affaire de meurtre d’un milicien et de tentative d’assassinat de sa maîtresse. Condamné à 12 ans de goulag, Vetrov ne fut démasqué qu’en 1983 comme “traître”, après l’expulsion par François Mitterrand de 47 “diplomates” russes en poste à Paris. Farewell fut exécuté.
Liens proposés par Vincent Nouzille :
Encore plus d’infos :
La bande annonce du film
Reportage : L’affaire Farewell : rencontre avec Xavier Ameil montre un homme plein d’humilité qui qualifie son rôle dans l’affaire de “facteur qui reçoit des lettres et les redistribue”, se récriant vivement de son image médiatique telle que l’ “espion tourangeau qui a changé le monde”. Ça ne correspond pas du tout à ce que j’ai fait!… J’ai simplement fait sortir des documents top secrets qui ont servi à précipiter la chute du Mur de Berlin.” (Xavier Ameil)
Affaire Farewell : les vrais secrets par lesinfos.com.
Vincent Nouzille, journaliste et auteur du livre Des secrets si bien gardés a enquêté sur l’histoire et pense que “c’est l’affaire d’espionnage la plus importante du XX ème siècle parce qu’elle a permis aux occidentaux de savoir ce que le KGB savait sur eux. ” Le journaliste et écrivain explique le contexte social et parle notamment du climat de paranoïa qui régnait à Moscou pendant la guerre froide au début des années 80 où la crainte d’une attaque nucléaire américaine était persistante. L’élection de Ronald Reagan à la présidence des USA ne faisant qu’accentuer cette peur.
Vincent Nouzille parle aussi des conséquences de l’affaire Farewell :
La Critique de David A. sur dvdrama
Journaliste et patron d’une agence de presse, Hervé est au bout du rouleau. Las de sa dépendance à l’alcool et des dégâts que celle-ci a causé au sein de sa propre famille, il décide d’entamer une cure de désintoxication dans un centre spécialisé au bord du lac Léman. Sur place il y rencontre d’autres malades qui tentent eux aussi d’échapper à l’étau de la boisson. Il partage sa chambre avec Pierre, très grand buveur atteint d’une cirrhose et avec qui il se lie très vite d’amitié. Il y rencontre aussi Magali, une jeune femme de vingt-trois ans qui l’intrigue. Ils côtoient également Carol et Marc, ses deux thérapeutes anciens malades alcooliques eux-aussi. Si l’alcool est désigné comme l’ennemi commun, chacun doit faire face à ses propres démons, son propre passé, ses propres expériences. Le premier ennemi de chacun est soi-même et Hervé doit lui aussi commencer par reconnaître sa maladie avant d’entamer un lent processus de reconstruction, loin des siens et de son travail. Sur le chemin il prendra la pleine mesure des dégâts causés.Adapté du livre éponyme écrit par Hervé Chabalier lui-même, grand reporter et directeur de l’agence Capa, Le dernier pour la route s’offre comme un témoignage au quotidien d’une lutte contre un ennemi intime, cette maîtresse insatiable et destructrice selon les propres mots de l’auteur, qu’est l’alcool. Le film commence par ces fameux derniers verres avant le voyage vers cette institution de désintoxication, volontairement placée loin de tout dans un paysage grandiose qui permet aux patients de retrouver un certain équilibre. Privé de sorties et de téléphone dans un premier temps, les cinq semaines de programme sont vécues tout d’abord douloureusement. La perte des repères, certes, mais surtout l’impossibilité de consommer ne serait-ce que quelques gouttes d’alcool, sont les premiers obstacles auxquels sont confrontés les patients. Des obstacles surmontés par la thérapie de groupe notamment. Reconstruire des liens avec son entourage là où, souvent, l’isolation était devenue la seule solution pour boire sans sentir le regard culpabilisant d’autrui.Porté par l’interprétation sobre mais juste de François Cluzet et par celle radicale de Mélanie Thierry dans le rôle d’une jeune paumée qui ne peut que se résoudre à détruire son corps pour se sentir davantage libre, le film affronte ce sujet délicat, et pour beaucoup encore tabou, sans moralisme ni démagogie bien pensante. Le film ne traite pas tant de l’alcool lui-même que des victimes dont l’alcool a pris en main la vie, le destin, le sort. Des êtres qui sont désormais incapables de composer sans la moindre goutte, des êtres qui pour quelques sensations de bonheur ont renoncé sans s’en apercevoir à tout ce qui les entoure. La dépendance est une prison sans barreau mais une prison qui isole l’individu sans ménagement.Non sans quelques maladresses de mise en scène (les scènes caméra à l’épaule des moments critiques de la vie d’Hervé ou encore l’insistance des gros plans sur les verres pour démontrer l’obsession), le film accumule les jeux de regards pour tisser les enjeux de la thérapie ; regards d’Hervé sur lui-même, le regard des thérapeutes sur les patients, le regard des patients entre eux, le regard de l’épouse sur son mari, le regard du fils sur son père, etc. Des regards terribles, parfois accusateurs, mais aussi des regards compréhensifs et indulgents, des regards d’amitiés et des regards amoureux. Hervé, le journaliste, l’observateur, porte désormais un autre regard sur le monde, celui d’une victime contre une guerre plus silencieuse mais bien réelle que son corps a dû mener contre la dépendance.David A.
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