La critique de Gérard Crespo sur Avoir-Alire.com
Le second film coup de poing de Andrea Arnold est le portrait magnifique d’une adolescente à la dérive. Un film qui s’inscrit dans la meilleure mouvance du cinéma social anglais.
L’argument : Mia, 15 ans, adolescente à problème, a été exclue du collège et est rejetée par ses amis. Un jour d’été, sa mère rentre à la maison en compagnie d’un inconnu, Connor, qui promet de faire leur bonheur…
Notre avis : Nous avions gardé de Andrea Arnold l’excellent souvenir de Red Road, qui croisait les univers de Loach et Antonioni dans un saisissant portrait de vengeance. Fish Tank est du même niveau mais la cinéaste a le mérite de ne pas proposer un copié collé de son précédent opus, même si elle reprend (ce qui est logique pour un auteur) certains de ses thèmes : comme Jackie, Mia surveille, complote, prémédite et voudra réparer un outrage douloureux.
Andrea Arnold dépeint à merveille l’univers des petits pavillons populaires, dans la lignée du meilleur cinéma social anglais : no man’s land sinistre, restaurants glauques dans lesquels des jeunes filles se livrent à de tristes bouts d’essai de strip-tease, pubs abritant une faune fêtarde mais désœuvrée. La caméra de Arnold traque le danger, installe une tension qui ne quittera jamais l’écran : hostilité de Mia envers son beau-père, puis rapports équivoques entre eux ; épisode fascinant avec la fillette, dans lequel le malheur que l’on croit arriver (plan sur un tronc d’arbre, saut dans l’eau) est constamment contourné, la réalisatrice jouant avec les clichés pour mieux explorer d’autres pistes narratives. On songe aux Dardenne, dans cette volonté de suivre au plus près les personnages, et le désarroi de Mia fait écho à la douleur intériorisée de Rosetta. Mais c’est de nouveau à Loach qu’on se réfèrera : jamais depuis Family Life (1971) le portrait d’une adolescente de la société anglaise n’avait été cerné avec autant de justesse. Katie Jarvis lui prête sa sensibilité et son charisme, et la jeune actrice fut un temps donnée favorite (avec Giovanna Mezzogiorno) pour le Prix d’interprétation cannois, avant le couronnement de Charlotte Gainsbourg. À ses côtés, Michael Fassbender (Hunger), compose un personnage de séducteur charnel et troublant. Fait rarissime, les deux premiers longs métrages de Andrea Arnold ont obtenu un Prix du Jury à Cannes : peut-on y voir une reconnaissance définitive de ses pairs ?
Gérard Crespo
Pour plus d’informations sur le film :
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Critique de Jean-Nicolas Berniche sur Evene.fr
Red Road était une claque, Fish Tank un véritable coup de poing dans la figure. Repartie de la Croisette en 2006 avec un prix du Jury amplement mérité et une réputation établie, Andrea Arnold n’avait alors rien montré de l’étendue de son talent. Fish Tank est une oeuvre incroyablement maîtrisée : l’immersion dans l’Essex prolétaire et paumé est totale, l’observation d’une génération sans avenir effrayante. Si le point de départ est moins grave que celui de Red Road, la lente plongée dans l’univers de Mia (Katie Jarvis) et Joanne (Kierston Wareing) est irrémédiable. Andrea Arnold montre le quotidien de ses héroïnes sans complaisance – un appart minable, fish tank (“aquarium”) pour êtres humains. Semblables à des cobayes, les personnages évoluent et se cognent à la vie. Si ça fonctionne aussi bien à l’écran, ce n’est pas uniquement grâce à ces plans saisissants, ces couleurs omniprésentes mais fatalement passées, cette caméra aussi instable que les personnages ; l’efficacité du cinéma d’Andrea Arnold doit se chercher ailleurs, dans sa démarche fortement proche de celle de Ken Loach. Katie Jarvis, actrice non professionnelle de 17 ans repérée sur un quai de gare, se voit ainsi proposer un premier rôle pour lequel elle ne lira le scénario que par petits bouts, au fur et à mesure du tournage. Coup de poker pour la cinéaste, risquer le jeu d’acteur pour l’authenticité. Au final, en allant même jusqu’à confronter la jeune actrice au charismatique et pro Michael Fassbender, le réalisme est frappant, la tension palpable. ‘Fish Tank’, film profondément noir et humain, y gagne terriblement, et Andrea Arnold signe une des oeuvres majeures du cinéma anglais engagé de ces dernières années.






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