Monthly Archive for October, 2009

Fish Tank dès mercredi

De Andrea ARNOLD. Avec Katie JAVIS, Kierston WAREING, Michael FASSBANDER. Prix du jury – Festival de Cannes 2009. Edinburgh 2009 : Meilleure actrice Katie Jarvis. Durée : 2h04 – Age légal 14 ans / suggéré dès 16 ans – PATHE FILMS A.G. 2009 – UK

Affiche Fish Tank

La critique de Gérard Crespo sur Avoir-Alire.com

Le second film coup de poing de Andrea Arnold est le portrait magnifique d’une adolescente à la dérive. Un film qui s’inscrit dans la meilleure mouvance du cinéma social anglais.

L’argument : Mia, 15 ans, adolescente à problème, a été exclue du collège et est rejetée par ses amis. Un jour d’été, sa mère rentre à la maison en compagnie d’un inconnu, Connor, qui promet de faire leur bonheur…

Notre avis : Nous avions gardé de Andrea Arnold l’excellent souvenir de Red Road, qui croisait les univers de Loach et Antonioni dans un saisissant portrait de vengeance. Fish Tank est du même niveau mais la cinéaste a le mérite de ne pas proposer un copié collé de son précédent opus, même si elle reprend (ce qui est logique pour un auteur) certains de ses thèmes : comme Jackie, Mia surveille, complote, prémédite et voudra réparer un outrage douloureux.

Andrea Arnold dépeint à merveille l’univers des petits pavillons populaires, dans la lignée du meilleur cinéma social anglais : no man’s land sinistre, restaurants glauques dans lesquels des jeunes filles se livrent à de tristes bouts d’essai de strip-tease, pubs abritant une faune fêtarde mais désœuvrée. La caméra de Arnold traque le danger, installe une tension qui ne quittera jamais l’écran : hostilité de Mia envers son beau-père, puis rapports équivoques entre eux ; épisode fascinant avec la fillette, dans lequel le malheur que l’on croit arriver (plan sur un tronc d’arbre, saut dans l’eau) est constamment contourné, la réalisatrice jouant avec les clichés pour mieux explorer d’autres pistes narratives. On songe aux Dardenne, dans cette volonté de suivre au plus près les personnages, et le désarroi de Mia fait écho à la douleur intériorisée de Rosetta. Mais c’est de nouveau à Loach qu’on se réfèrera : jamais depuis Family Life (1971) le portrait d’une adolescente de la société anglaise n’avait été cerné avec autant de justesse. Katie Jarvis lui prête sa sensibilité et son charisme, et la jeune actrice fut un temps donnée favorite (avec Giovanna Mezzogiorno) pour le Prix d’interprétation cannois, avant le couronnement de Charlotte Gainsbourg. À ses côtés, Michael Fassbender (Hunger), compose un personnage de séducteur charnel et troublant. Fait rarissime, les deux premiers longs métrages de Andrea Arnold ont obtenu un Prix du Jury à Cannes : peut-on y voir une reconnaissance définitive de ses pairs ?

Gérard Crespo

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Pour plus d’informations sur le film :

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Critique de Jean-Nicolas Berniche sur Evene.fr

Red Road était une claque, Fish Tank un véritable coup de poing dans la figure. Repartie de la Croisette en 2006 avec un prix du Jury amplement mérité et une réputation établie, Andrea Arnold n’avait alors rien montré de l’étendue de son talent. Fish Tank est une oeuvre incroyablement maîtrisée : l’immersion dans l’Essex prolétaire et paumé est totale, l’observation d’une génération sans avenir effrayante. Si le point de départ est moins grave que celui de Red Road, la lente plongée dans l’univers de Mia (Katie Jarvis) et Joanne (Kierston Wareing) est irrémédiable. Andrea Arnold montre le quotidien de ses héroïnes sans complaisance – un appart minable, fish tank (“aquarium”) pour êtres humains. Semblables à des cobayes, les personnages évoluent et se cognent à la vie. Si ça fonctionne aussi bien à l’écran, ce n’est pas uniquement grâce à ces plans saisissants, ces couleurs omniprésentes mais fatalement passées, cette caméra aussi instable que les personnages ; l’efficacité du cinéma d’Andrea Arnold doit se chercher ailleurs, dans sa démarche fortement proche de celle de Ken Loach. Katie Jarvis, actrice non professionnelle de 17 ans repérée sur un quai de gare, se voit ainsi proposer un premier rôle pour lequel elle ne lira le scénario que par petits bouts, au fur et à mesure du tournage. Coup de poker pour la cinéaste, risquer le jeu d’acteur pour l’authenticité. Au final, en allant même jusqu’à confronter la jeune actrice au charismatique et pro Michael Fassbender, le réalisme est frappant, la tension palpable. ‘Fish Tank’, film profondément noir et humain, y gagne terriblement, et Andrea Arnold signe une des oeuvres majeures du cinéma anglais engagé de ces dernières années.

Polanski : Wanted and Desired

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Suite à l’arrestation du célebrissime réalisateur Roman Polanski lors du Festival du film de Zurich, Le City Club projette le documentaire Polanski : Wanted and Desired et se montre en phase avec l’actualité. Que l’on soit pour la libération de ce Monsieur ou pas, ce film a le mérite de montrer les abus qui ont été commis par la presse et les médias autour de ce personnage bien mystérieux, que le public, du coup, a tendance à amalgamer à ses personnages et climats dépeints dans ses films (Rosemary’s Baby, Répulsion>…).
Un sujet sensible, un homme quelque peu insaisissable : toute la matière est là pour donner à ce documentaire un intérêt tout particulier.

Critique du site avoir aVoir-alire.com à lire ici

Ce portrait en creux de Roman Polanski est surtout un moyen de dénoncer le harcèlement moral des médias et de la justice envers un cinéaste controversé dans sa vie privée. Intéressant, mais formellement limité.

L’argument : Biopic non autorisé revenant sur l’enfance polonaise du réalisateur Roman Polanski lors de l’Holocauste. Il suivra également l’assassinat de sa femme, l’actrice Sharon Tate, enceinte de huit mois, par Charles Manson en 1969 puis son accusation pour viol sur une mineure de 13 ans en 1977. Roman Polanski n’a depuis plus foulé le sol américain.

Notre avis : En réalisant dans les années 60 Le bal des vampires, Roman Polanski ne pouvait pas imaginer à quel point ce titre allait être prémonitoire. Effectivement, ce réalisateur très populaire a toujours intrigué les foules et les médias, fascinés par l’aura sulfureuse du personnage. Marqué par l’extermination de ses parents durant la Seconde guerre mondiale, puis par le tragique assassinat de sa femme enceinte Sharon Tate par Charles Manson, Polanski se fait sans cesse photographier dans les années 70 avec de jeunes filles tout juste sorties de la puberté. Ceci jusqu’au scandale qui éclate en 1977. Accusé d’avoir abusé sexuellement d’une gamine de 13 ans, le cinéaste est victime d’une cabale médiatique et judiciaire qui le pousse à fuir les Etats-Unis où, encore aujourd’hui, il n’a pas le droit de mettre le pied sous peine d’incarcération.

Perdue entre l’affabulation des uns et les mensonges des autres, la réalisatrice Marina Zenovich tente avec ce documentaire de mettre la vérité à jour et de faire toute la lumière sur les motivations de chaque acteur du drame. Intention louable qui ne dédouane pas Polanski de l’acte consommé avec cette mineure, mais qui intente clairement un procès au lynchage médiatique et judiciaire qu’a eu à subir le metteur en scène. Certes coupable d’avoir cédé à une pulsion incontrôlable – on ne croit pas une seule seconde à la théorie de son ignorance de la loi américaine, d’autant qu’il est également interdit de coucher avec une mineure en Europe – l’acharnement des médias et du juge tient du harcèlement moral. Au final, la documentariste fait davantage le procès d’un système judiciaire qui ne laisse aucune chance aux accusés et des journalistes qui, pour vendre leur papier, sont prêts à oublier toute déontologie. En cela, wanted and desired est un métrage accablant qui insiste sur les dysfonctionnements de la justice américaine. Ne cherchant pas à disculper le cinéaste, elle ne fait que dénoncer les exactions commises à son encontre par bon nombre de personnes bien sous tous rapports.

On regrettera juste que l’ensemble s’apparente davantage à un reportage télévisé du style Complément d’enquête et que l’auteur se contente d’une forme peu cinématographique pour traiter un sujet à la lisière du sensationnalisme d’une certaine presse people. Il est toujours délicat de dénoncer un système lorsqu’on utilise ses méthodes pour parvenir à ses fins.

Virgile Dumez

Libérons Polanski, Article de Michel Contat paru dans L’illustré no 41 2009 p54 à télécharger en pdf Article de L’Illustré

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Infos twittées de la semaine

  • Sortie du docu “Polanski : Wanted and Desired” de Marina Zenovich VO[EN] dès 7.10 à 18h30 et 20h45 en semaine et 16h15 en plus le week end #

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