La petite dame du Capitole…

C’est les larmes aux yeux d’émotion que j’écris ces lignes; tombée par hasard sur la retransmission de l’édition de Photos de famille d’aujourd’hui même, voyant que l’invitée du jour était Lucienne Schnegg, je n’ai pas zappé (sans commentaires). “La petite dame du Capitole” mettait une gaîté surprenante sur ce plateau d’habitude si morne! Elle a 80 ans, et fait tourner son cinéma de 867 places seule, à l’exception de la projection. Pour tout le reste, caisse, bar, nettoyages, secrétariat, Lucienne s’en charge. Et les Lausannois l’adorent, oui, mais son cinéma, autrefois fleuron des salles dans l’excès luxueux, est en train de tomber en ruines par manque de moyens.

Le Capitole qui a vécu ses heures de gloire dans les années 50 à 70 (Lucienne dixit), est aussi la désormais plus grande salle de Suisse; le documentaire de Jacqueline VeuveLa petite dame du Capitole“, sorti en salles depuis le 25 janvier, raconte l’histoire de ce petit bout de femme qui a porté son cinéma depuis 1949, toujours fidèle au poste en 2006, devenue un mythe dans la région. C’est un hommage touchant, qui porte enfin Madame Schnegg sur la toile perlée de l’Ecran de Cinéma, sa passion, son âme, sa vie.

N’ayant pas encore vu ce film, je ne peux que me réjouir de le découvrir ce week-end, tout en regrettant qu’il ne soit pas projeté au Capitole, justement (support vidéo oblige, c’est écrit en gros sur le site du Capitole : combien de personnes lui ont posé la question “pourquoi il passe pas chez vous?” à votre avis??). Mais c’est avec amertume quand-même que je souris en la voyant, parce que la grande époque du cinéma est morte; parce que sa salle est désertée au profit des multiplexes; parce que plus jamais les foules ne se pressent devant ses portes vitrées; parce qu’elle ne peut plus rivaliser avec les salles ultra modernes qui attirent aujourd’hui les foules. C’est une désillusion totale pour moi d’imaginer que la majorité des spectateurs préfèrent aller dans des salles sans histoire; mais peut-être que c’est moi qui suis vieillote?

En tout cas, Lucienne n’est pas revancharde pour un sou, le regard toujours pétillant et une jeunesse de personnalité telle qu’on ne peut qu’être scotché en la voyant. Je vous le dis honnêtement : j’ai fondu en larmes en imaginant ce qu’avait pu être ce cinéma et que jamais ne ne pourrai connaître; j’ai cette nostalgie de n’avoir pas pu vivre “l’avant télévision”; de n’avoir pas eu l’expérience du grand spectacle, des films attendus pendant des mois, qui font complets sur complets pendant des semaines entières, ces événements que rien ne concurrençaient.

Et maintenant qu’on a tous notre “cinéma maison”, notre pop corn “frais” du micro-onde, loué un DVD zone 1 illégalement sur le marché et qu’on est tout content d’en parler aux copains pour frimer “Ah! Eternal Sunshine of the Spotless Mind? Je l’ai vu avant qu’il sorte au cinéma!” Franchement, c’est pas un peu triste?

dvd me

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4 Responses to “La petite dame du Capitole…”

  1. Régis Says:

    Bonjour !
    Je suis tombé par hasard sur ce blog vachement bien !!!
    Et moi aussi j’aimerais bien rencontré Lucienne du Capitole !
    Je suis exploitant de 2 petits cinémas en France, et Lucienne je l’aime déjà !
    Dès que je passe par le paradisiaque canton de Vaud je fais un saut à Lausanne !!!
    Est-ce que l’on peut voir son documentaire en France ?
    Cinématographiquement…
    Régis

  2. Quentin Says:

    Je ne comprends pas très bien ta nostalgie. Ce que je regrette de nos jours, c’est que l’argument principal de vente d’un film sortis en Dvd réside à la fois dans osn prix ( rien ) voir avec le film ), et les choses qui l’enrobent ( making-off, featurette, ba, voir même un deuxième film en cadeau… ).
    Le fric, le fric, le fric !
    La solution, c’est de ne plus passer par rien, ni les dvd, ni les salles… Ca se ferait sur le net, direct et les prix seraient suffisament uniforme pour cesser devenir le centre de l’attention.
    Les salles pourraient devenir des lieus plus culturelles et moins industriellle car elles n’auraient plus aucuns privilèges. A vrai dire, qund je vois tous ces crétins qui se “réapproprient leur consomnation culturelle” en piratant des screeners dégueux et qui prétendent ne pas voir la différence (la gratuité est la déesse de ce genre de crétin ), je commence à me demander quel avenir pourra-t-on trouver au salle.
    Pas mal de réalisateurs ou de producteurs semblent répondre à la fois par le cadre et par les conditions, genre Cameron et la 3D ou, en son temps, Lucas et le THX (enfin j’y connais pas grand chose ).
    Reste que je préfère aller en salle, même si la magie est un peu ternie par l’avalanche de pub, je continue de me mettre au troisième rang alors que la plupart des gens se mettent le plus loin possible de l’écran, histoire d’avoir l’impression de regarder leur télé.

  3. Quentin Says:

    Tout ces mots pour rien ?

  4. Virginie Says:

    Je ne sais pas bien à quoi vous faites référence, mais je vais tenter de vous répondre.

    Premièrement, je n’ai rien contre le DVD en tant que tel, ce n’est qu’un support de plus, de meilleure qualité de surcroix que les vhs d’antan; ce qui par contre me gêne, c’est la rapidité avec laquelle ils sont distribués. Les locations de films ont très bien compris qu’ils pouvaient importer les films en zone 1 des Etats-Unis bien avant la sortie des films en salle et contribuent énormément à faire diminuer les entrées au cinéma, à mon avis.

    Il est clair que les principaux intéressés, les exploitants, sont assez grands pour se faire respecter, mais j’imagine qu’ils ont d’autres chats à fouetter que de déposer plainte systématiquement à chaque fois. La loi en Suisse ne me paraît pas très rigide à ce sujet, et c’est dommage pour le “cinéma” tel que je l’entends, dans les salles.

    Quant aux “crétins” qui préfèrent regarder leurs films en divX, c’est aussi bien dommage pour eux, car ils ne doivent pas se douter que la qualité est tout de même meilleure dans une salle faite pour la projection sur grand écran; mais ce type de consommateur est difficile à définir, peut-être ne va-t-il de toute façon pas au cinéma…

    Ce que vous dites au sujet de Lucas, du THX me paraît très juste, je suis du même avis, voir l’article “l’entrée en jeu du numérique”, dans lequel j’explique que la réponse des exploitants devrait être celle de garantir une qualité à la pointe pour suivre les exigences du public. C’est en effet une demande de ce dernier, à juste titre d’ailleurs, quand on voit les prix des billets d’entrée.

    Nous sommes en pleine révolution dans le domaine, révolution irréversible et dans l’intérêt de tous.

    Quant à ma “nostalgie”, c’est celle d’une amoureuse du cinéma qui ne comprend pas bien le choix de la majorité des spectateurs qui se ruent dans les multiplexes, dans lesquels le service n’est pas mieux qu’ailleurs, la qualité de projection souvent moins bonne que dans une salle à l’ancienne, mais qui les préfèrent par souci de simplicité. Tout y est, parking, bar, même parfois boîte de nuit à proximité.

    Voilà, en espérant avoir répondu à votre question

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