La petite dame du Capitole…
Posted in Cinémas, DVD, cinéma suisse, films, lausanne, pensée on février 3rd, 2006 by VirginieC’est les larmes aux yeux d’émotion que j’écris ces lignes; tombée par hasard sur la retransmission de l’édition de Photos de famille d’aujourd’hui même, voyant que l’invitée du jour était Lucienne Schnegg, je n’ai pas zappé (sans commentaires). “La petite dame du Capitole” mettait une gaîté surprenante sur ce plateau d’habitude si morne! Elle a 80 ans, et fait tourner son cinéma de 867 places seule, à l’exception de la projection. Pour tout le reste, caisse, bar, nettoyages, secrétariat, Lucienne s’en charge. Et les Lausannois l’adorent, oui, mais son cinéma, autrefois fleuron des salles dans l’excès luxueux, est en train de tomber en ruines par manque de moyens.
Le Capitole qui a vécu ses heures de gloire dans les années 50 à 70 (Lucienne dixit), est aussi la désormais plus grande salle de Suisse; le documentaire de Jacqueline Veuve “La petite dame du Capitole“, sorti en salles depuis le 25 janvier, raconte l’histoire de ce petit bout de femme qui a porté son cinéma depuis 1949, toujours fidèle au poste en 2006, devenue un mythe dans la région. C’est un hommage touchant, qui porte enfin Madame Schnegg sur la toile perlée de l’Ecran de Cinéma, sa passion, son âme, sa vie.
N’ayant pas encore vu ce film, je ne peux que me réjouir de le découvrir ce week-end, tout en regrettant qu’il ne soit pas projeté au Capitole, justement (support vidéo oblige, c’est écrit en gros sur le site du Capitole : combien de personnes lui ont posé la question “pourquoi il passe pas chez vous?” à votre avis??). Mais c’est avec amertume quand-même que je souris en la voyant, parce que la grande époque du cinéma est morte; parce que sa salle est désertée au profit des multiplexes; parce que plus jamais les foules ne se pressent devant ses portes vitrées; parce qu’elle ne peut plus rivaliser avec les salles ultra modernes qui attirent aujourd’hui les foules. C’est une désillusion totale pour moi d’imaginer que la majorité des spectateurs préfèrent aller dans des salles sans histoire; mais peut-être que c’est moi qui suis vieillote?
En tout cas, Lucienne n’est pas revancharde pour un sou, le regard toujours pétillant et une jeunesse de personnalité telle qu’on ne peut qu’être scotché en la voyant. Je vous le dis honnêtement : j’ai fondu en larmes en imaginant ce qu’avait pu être ce cinéma et que jamais ne ne pourrai connaître; j’ai cette nostalgie de n’avoir pas pu vivre “l’avant télévision”; de n’avoir pas eu l’expérience du grand spectacle, des films attendus pendant des mois, qui font complets sur complets pendant des semaines entières, ces événements que rien ne concurrençaient.
Et maintenant qu’on a tous notre “cinéma maison”, notre pop corn “frais” du micro-onde, loué un DVD zone 1 illégalement sur le marché et qu’on est tout content d’en parler aux copains pour frimer “Ah! Eternal Sunshine of the Spotless Mind? Je l’ai vu avant qu’il sorte au cinéma!” Franchement, c’est pas un peu triste?
